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L’évangélisation de l’Amérique Latine

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Je publie ici une fiche de lecture de l’Histoire du christianisme parue aux PUF en 2010.

Je recense les deux chapitres consacrés à l’évangélisation de l’Amérique Latine.

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L’évangélisation en Amérique latine.

Extraits de l’Histoire du christianisme, PUF, 2010.

Les missions des Amériques

Marie-Cécile Bénassy-Berling, Jean-Robert Armogathe

22 juin 1622, bulle Inscrutabili de Grégoire XV, qui crée la congrégation romaine de la propagation de la foi. « Pour connaître et traiter de toutes et chacun des questions relevant de la propagation de la foi dans le monde ». C’est une réponse à la réforme protestante qui a pris des terres à la catholicité. Cette bulle s’inscrit dans le cadre de la réforme tridentine. Il s’agit de propager la foi dans le monde pour montrer le dynamisme de l’Eglise face au dynamisme des protestants.

Pour la première fois, le catholicisme sort de l’Europe, de façon volontaire, organisée et méthodique.

1493 : bulle Inter caetera d’Alexandre VI, confirmée par le traité de Tordesillas en 1494. Elle définit les espaces respectifs du Portugal et de l’Espagne. C’est à ces deux pays qu’est confiée l’évangélisation des peuples, et aux ordres religieux que ces pays soutiennent.

1508 : bulle Universalis Ecclesiae regimen, Jules II. Confirme la bulle précédente. Les puissances ibériques sont déclarées puissances missionnaires. Alliance avec le temporel. Les souverains envoient des missionnaires, ils nomment les évêques, ils contrôlent les rapports avec le Saint-Siège, ils définissent les circonscriptions administratives. Ils ont ainsi beaucoup de pouvoir.

La Congrégation veut reprendre la main sur ce mouvement d’évangélisation, elle veut contrôler les missions pour pouvoir les centraliser et les organiser. Ne plus laisser les souverains ibériques agir seuls. Mais c’est très difficile de contrôler cela. Volonté également de former un clergé indigène.

I/ Amérique indiennes et ibériques

Marie-Cécile Bénassy-Berling

Les premières églises sont fondées à partir de 1511. Faut-il des églises ibériques ou des églises indiennes ? La question est très importante.

Pour l’Espagne, ces territoires ne sont pas des colonies, mais des royaumes d’Outre-mer. Les Indiens sont des vassaux libres. L’Espagne contrôle la vie religieuse, sauf le contenu de la foi. Les évêques n’ont pas de relation avec Rome. Les documents de la papauté sont publiés en Amérique après avoir reçu l’approbation du roi.

Fondation de presses et d’universités. Evangélisation des peuples. Les jésuites ont du mal à lutter contre les chasseurs d’esclaves. Les populations des Antilles meurent à cause de microbes non acclimatés. En 1519 il reste 0,5% de la population des grandes îles (p. 245).

Les missionnaires au Mexique se heurtent au sacrifice de dizaine de milliers de personnes ainsi qu’à l’anthropophagie rituelle. A l’appel de Cortès, de nombreux franciscains viennent évangéliser l’actuel Mexique.
Volonté de fonder une nouvelle chrétienté, sans la cupidité et la soif de l’or de l’Europe. Attirance pour ce nouveau monde que l’on pense pur et propre, non souillé par les miasmes européens.

Ouverture de collèges pour former l’élite locale. On leur apprend le latin et la rhétorique. Mais les microbes continuent à tuer beaucoup de gens. Les sacrifices humains ne disparaissent pas, ainsi que le culte des anciens dieux. Bilan en demi-teinte pour le Mexique.

Au Pérou, la situation est pire encore. Affrontement des conquistadors entre eux pour se partager les dépouilles de l’empire Inca. Des Indiens se suicident pour ne pas devenir chrétien. Fragmentation du territoire. La côte est blanche et chrétienne, l’intérieur des terres, notamment la montagne, reste quechua et païenne. Certains Européens apprennent le quechua pour mieux s’acclimater et pour s’intégrer parmi la population indienne.

Au Brésil, très peu d’évangélisation. Les Portugais s’intéressent à la côte et aux comptoirs, mais pas à l’intérieur des terres. Ils sont plus intéressés par l’Asie que par le Brésil.

A partir de 1533, Bartholomé de Las Casas, dominicain, commence à vitupérer contre les exactions. Il écrit un pamphlet sur ce qui se passe au Pérou. Celui-ci a un grand écho à la cour et dans son ordre. Il est pour la traite d’esclaves en provenance d’Afrique, afin de laisser libre les Indiens. Puis, il se rend compte des guerres nombreuses que l’esclavage africain provoque, alors il se rétracte (vers 1560) et condamne l’esclavage en entier.

Les réductions jésuites du Paraguay durent 150 ans, jusqu’à la crise de 1750 et l’expulsion de 1767.
Dans les missions, on parle guarani ou latin, mais pas espagnol ou portugais.

Naissance des Afro-Américains. Situation très diverse selon les pays. Le clergé est bienveillant avec eux. La situation est très difficile dans les exploitations de canne à sucre, dans les Antilles et au Brésil. La récolte dure deux mois, pendant lesquels les noirs travaillent beaucoup. Nombreux sont ceux qui meurent de ce travail intense. Il faut donc en faire venir d’autres. Ils reçoivent le baptême avant leur départ d’Afrique.

Les Africains qui exercent d’autres métiers, notamment domestique, vivent bien. Nombreux sont ceux qui sont affranchis.

Au Pérou au XVIIIe siècle il y a une grande familiarité entre les maîtres et les esclaves noirs, ce qui choque beaucoup les voyageurs.
Le Mexique cesse d’importer des esclaves à partir du XVIIe siècle, parce que la population indienne progresse.

Difficile de substituer les anciens dieux au Dieu chrétien, de créer des confréries et des pèlerinages.

Le clergé joue un rôle politique car le prêtre est souvent le seul homme blanc du village ou de la région, le seul qui ait un peu de culture et de savoir-faire. Beaucoup de prêtres vivent en concubinage et ont des enfants, même des prêtres très en vue. Il est difficile de résister aux sollicitations des Indiennes et à la coutume. Le clergé local est ainsi dévoyé. Laxisme des mœurs. Les campagnes de moralisation lancées par certains prélats pieux et bien intentionnés sont souvent des échecs.

La structure de la société est cléricale, beaucoup plus qu’en Espagne. La défense de l’empire est assurée par des milices, il n’y a pas de militaires pour assurer l’ordre. Pour les métis la carrière ecclésiastique est très tentante, c’est un moyen de faire fortune et de monter les échelons sociaux. Les évêques restent plus longtemps en poste que les vice-rois, ce sont les personnes les plus importantes. Les diocèses sont souvent très vastes, il est difficile d’en maîtriser les marges, et de s’y rendre régulièrement. L’évêque dépend du roi, mais comme les distances sont grandes, il jouit d’une large autonomie.
Certains évêques deviennent vice-rois. Les évêques prennent partis pour l’indépendance. Les partisans de l’indépendance ont davantage lus Francisco Suarez que Rousseau.

L’Inquisition est introduite en 1570 à Mexico et Lima et en 1610 à Carthagène. Toutefois, elle reste très mineure et n’a pas vraiment de pouvoir. Il n’y a pas beaucoup d’hérétiques en Amérique, il y a plutôt des hommes qui vivent mal la pratique de la foi, mais qui ne développent pas de discours théologique biaisé.

Les collèges jésuites forment une élite importante, après eux ce sont les Oratoriens.