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L’église d’Edesse

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La tradition des Églises syriaques fait remonter la christianisation d’Édesse à l’époque même de Jésus, d’après un récit conservé en syriaque (la doctrine d’Addaï) daans un texte datant du Ve siècle, mais qui avait déjà été repris en grec par l’évêque Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique au tout début du IVe siècle à partir d’une source syriaque plus ancienne. Le texte relate comment des émissaires du roi d’Édesse Abgar Oukama (Abgar V, dit « le Noir » ou « le Basané »), auraient rencontré Jésus en Palestine, constaté les miracles qu’il accomplissait et les difficultés qu’il rencontrait de la part des juifs. Malade, Abgar écrit une lettre à Jésus pour lui demander de venir le guérir et lui proposer de partager avec lui son royaume. Les envoyés d’Abgar arrivent auprès de Jésus à la veille de sa passion et celui-ci décline l’invitation. Il renvoie cependant une lettre à Abgar lui promettant, après être ressuscité, de lui envoyer un disciple pour le guérir et le convertir. Avec la lettre, l’ambassade rapporte un portrait du Christ que, selon des versions byzantines postérieures, devant l’impossibilité de l’artiste à le représenter, Jésus aurait fait lui-même en appliquant le linge sur son visage.

L’histoire semble être une des versions de l’origine du fameux portrait « acheiropoïète », non fait de main d’homme, qui traverse la tradition chrétienne, du portrait d’Édesse en passant par le mandylion et jusqu’au saint suaire. Après l’ascension, lors du partage des zones apostoliques, Thomas envoie à Édesse Thaddée (appelé Addaï en syriaque), un des soixante-douze (Lc 10, 1), qui convertit le roi et son entourage, ainsi qu’une bonne partie de la population, et fonde l’Église d’Édesse. L’épisode qui, dans le récit d’Eusèbe, souligne l’universalité du message du Christ avant même sa résurrection, visait surtout dans la tradition syriaque à assurer le prestige de l’Église d’Édesse en lui conférant une autorité absolue sur toutes les autres et aussi à souligner, dans ce lieu fertile en controverses théologiques multiples, sa parfaite orthodoxie. Quant à la lettre et au portrait du Christ, ils étaient reconnus comme les protecteurs de la cité. À la fin du IVe siècle, la pèlerine Égérie, venue d’Occident pour visiter les lieux saints, passe quelques jours à Édesse et elle mentionne dans le récit de son voyage, qui a été conservé, ces lettres de Jésus. La légende est belle même si elle n’apparaît guère fondée sur le plan historique. Elle fournit quand même une indication intéressante sur le premier milieu de diffusion du christianisme à Édesse : Addaï à son arrivée dans la cité descend chez Tobie, fils de Tobit, un juif de Palestine, et des juifs sont présents parmi ses auditeurs et ceux qui se convertissent.

Raphaël Kopali, dans Orients’Echo – Écho d’Orient, revue publiée par l’évêché chaldéen de Beyrouth, édition spéciale, mai 2008, p. 19.