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L’école peine à recruter 2/2

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Suite de l’analyse du rapport

L’appréhension de la mobilité géographique à l’issue du concours

« Parmi les préoccupations fortes pour les étudiants susceptibles de les détourner du concours, la question de la première nomination semble jouer un rôle extrêmement dissuasif. » (p. 17)

« Parmi les raisons invoquées par les étudiants pour ne pas préparer les concours du second degré, le fait de ne pas choisir son lieu de vie est évoqué prioritairement. Ce refus de la mobilité est une évolution sociologique frappante et s’exprime avec force. » (p. 17)

« Le même argument motiverait aussi les refus, encore marginaux mais en forte progression dans certaines académies, de rejoindre le poste de première affectation ou les démissions quelques jours après le début d’année scolaire qui deviendraient moins rares. » (p. 17)

« Cette crainte de la mobilité géographique, inégalement exprimée, peut aussi être analysée parfois non pas comme un refus de l’éloignement mais comme une volonté d’éviter une première affectation « dans un collège difficile de l’académie de Créteil » ainsi que l’ont spontanément exprimé plusieurs étudiants rencontrés lors des entretiens. De fait, près de 46 % des néotitulaires du second degré sont affectés dans les académies de Créteil et de Versailles. » (p. 17)

Si le refus de l’affectation aléatoire est la première cause du rejet du métier, le rapport se refuse toutefois à modifier cette pratique.

« La mobilité géographique sera en tout état de cause indispensable tant que le déséquilibre persistera entre les académies les plus demandées et celles qui ont le plus de besoins. C’est là la garantie d’une éducation nationale veillant au maintien d’une certaine équité entre les territoires de même qu’entre les personnels. Cette mobilité peut toutefois être mieux préparée, accompagnée et valorisée dans la carrière des personnels. » (p. 18)

La question des concours

Les rapporteurs de la mission constatent que les concours se fondent uniquement sur l’évaluation des connaissances académiques et à aucun moment sur les capacités pédagogiques. Il n’y a aucune formation au métier d’enseignant ni à la pédagogie. D’où l’idée de faire des stages d’observation et de mise en situation à partir de la licence pour découvrir le métier d’enseignant.

La rémunération

Les études de rémunération font apparaître que les professeurs ne sont pas sous-payés par rapport à des personnes qui ont un niveau d’étude similaire. De même, la rémunération n’est pas avancée comme étant un facteur important de rejet du métier. Toutefois, les professeurs français sont moins bien rémunérés, en début de carrière, que leurs homologues européens. en fin de carrière ils sont néanmoins au-dessus des moyennes européennes.

« La France y apparaît distancée par ses principaux voisins et, surtout, par les États qui enregistrent de meilleurs résultats aux évaluations internationales. Dès lors, la mission s’est demandée si ce facteur était déterminant pour expliquer les difficultés de recrutement et si le levier de la rémunération avait déjà été utilisé pour faire face à des besoins ciblés. » (p. 29)

« En France, lorsqu’il débute, un professeur certifié perçoit 1 650 € nets par mois, hors indemnités. Avec toutes les réserves que l’on peut formuler sur des comparaisons de salaires en valeur absolue, les données disponibles les plus récentes (2010) montrent que le traitement des enseignants débutants du second degré est inférieur de 9 à 12 % aux moyennes de l’OCDE et de l’Union européenne ; l’écart est légèrement plus important au bout de quinze ans de carrière (entre 10 et 15 %) ; en fin de carrière, le traitement maximal est supérieur à la fois à la moyenne des pays de l’OCDE et à la moyenne européenne. » (p. 29)

« Les comparaisons internationales apportent deux autres enseignements :
– en France, il faut compter dix ans de plus que dans les autres pays pour atteindre le niveau maximal du salaire statutaire, soit une durée qui peut être évaluée à 29-30 ans ;
– si les enseignants jouissent d’une meilleure sécurité de l’emploi et de vacances plus longues, ils ne gagnent en moyenne en France, au bout de 15 ans de métier, que 80 % de la rémunération d’un individu âgé de 25 à 64 ans, diplômé de l’enseignement supérieur et employé à temps complet. Là encore, notre pays se situe en deçà des moyennes de l’OCDE : 85 % au niveau collège, 90 % au niveau lycée. » (p. 30)

Mais il n’est pas démontré que les difficultés de recrutement s’expliquent par une faiblesse des rémunérations.

« Une observation assez générale ressort des visites en académie : à la différence des analyses que font les universitaires de la « dévalorisation sociale du métier » d’enseignant, la question du salaire n’est pas citée spontanément par les étudiants rencontrés. Les étudiants motivés par l’enseignement ne semblent pas y accorder une importance fondamentale ; à chaque fois que la mission les a interrogés sur le sujet, il est apparu qu’ils n’ont pas d’idée précise du montant du traitement ni de son évolution. Les entretiens qualitatifs réalisés par le laboratoire « Éducation, cultures, politiques » auprès de jeunes enseignants recrutés en 2011 confirment que la rémunération n’est pas véritablement une question se posant au départ de la carrière.
Elle n’est évoquée que lorsque l’affectation, éloignée de celle du conjoint, occasionne des frais de déplacement à titre privé. Quant aux étudiants (certes minoritaires dans les panels constitués par les composantes universitaires là où la mission s’est rendue) qui n’ont pas fait le choix de l’enseignement, ils insistent davantage sur l’image négative qu’ils ont du métier ou sur le fait qu’ils ne s’imaginent pas exercer la même profession durant toute leur vie professionnelle. Les enquêtes annuelles d’insertion réalisées par les universités ne sont peut-être pas étrangères à cette relative « indifférence » au salaire : celle de l’université Clermont 2 auprès des étudiants issus des masters professionnels (promotion 2008-2009) tous domaines confondus révèle un salaire net moyen (1 663 €), à peine équivalent au traitement d’un professeur certifié après deux ans d’exercice (1 699 € hors indemnités et heures supplémentaires). » (p. 30)

Les rémunérations par rapport aux autres masters

« Si l’on s’en tient au seul diplôme de master, les enquêtes emplois de l’INSEE apportent un éclairage objectif. Une étude sur la période 2003-2009 montre que les diplômés de l’enseignement supérieur au niveau master ayant achevé depuis moins de onze ans leur formation initiale ont perçu en moyenne un salaire médian (rémunération mensuelle nette toutes primes comprises en euros 2009) qui varie, selon la formation initiale, entre 1 360 € (masters art) et 2 300 € (masters informatique, réseaux), en connaissant un taux de chômage allant de 5 % (masters finances, assurances, comptabilité, gestion) à 15 % (masters communication-documentation). Ces données sont respectivement de 2 000 € et 6 % de chômeurs pour les titulaires d’un master de mathématiques, 1 650 € et 9 % de chômeurs pour les titulaires d’un master de langues, 1 600 € et 9 % de chômeurs pour les titulaires d’un master de lettres. Ces rémunérations, qui sont des médianes, peuvent être mises en regard des grilles indiciaires actuelles du corps des professeurs certifiés qui perçoivent un salaire net mensuel, hors indemnités et heures supplémentaires, de 1 890 € après dix ans d’exercice (avec une hypothèse d’avancement d’échelon moyen). » (p. 31)

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