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L’école peine à recruter 1/2

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Analyse du rapport Les difficultés de recrutement d’enseignants dans certaines disciplines, juillet 2013.

Des difficultés croissantes de recrutement

L’Education nationale s’essouffle : de moins en moins de candidats se présentent aux concours de recrutement. Dans certaines disciplines il y a même moins de candidats que de poste à pourvoir. Les difficultés de recrutement deviennent de plus en plus aiguës, et surtout, c’est la qualité des candidats qui diminue, donc la qualité de l’éducation et de la transmission qui devient fortement problématique.

« Aux termes de ses entretiens, il est apparu [à la mission] que les incertitudes liées à la première affectation, les réticences à la mobilité géographique, la crainte d’enseigner en collège ou en lycée professionnel, ou encore l’absence de possibilité effective de réorientation professionnelle en cours de carrière apparaissaient plus déterminantes que les questions de rémunération, rarement évoquées spontanément lors des auditions. » (p. 5)

Le taux de sélectivité, c’est-à-dire le rapport du nombre de présents au nombre de postes, est préoccupant dans des matières pourtant fondamentales. Selon la DGRH (Direction Générale des Ressources Humaines) du ministère de l’Education nationale le taux doit être de 4. Un taux inférieur ne garantit pas la qualité du recrutement.

Or, en 2012, ce taux est de 1,54 au CAPES de mathématiques, 1,16 au CAPES d’allemand de 2013, et au CAPES de lettres classiques il y a moins de présents que de postes à pourvoir.

Aux concours 2012 il y a 31% de postes vacants en mathématiques, 16,6% en anglais, 20% en allemand, 7% en lettres modernes et 50% en lettres classiques.
En 9 ans, il y a une baisse de plus de 60% des candidats présents aux épreuves écrites (92 609 en 2004, 30 897 en 2012). (p. 7)
La réforme de la mastérisation, mise en place en 2011, a accentué le phénomène.

« L’enseignement catholique ne connaît pas, pour le moment, la même pénurie de recrutement à l’issue des concours. Depuis longtemps, il a été observé que les concours n’offraient pas un taux de rendement de 100% (entre 58 et 75% selon les CAFEP). Aussi le paramétrage avec le ministère du nombre de postes ouverts prend-il en compte cette situation en surcotant les concours : pour obtenir par exemple 100 professeurs de mathématiques, 120 postes seront ouverts au CAFEP. Mais le nombre de présents par poste, qui était au CAFEP de 5 en 2008 dans les concours du second degré, n’est plus que de 3 depuis 2010-2011. » (p. 8)

Même les suppléances connaissent une diminution du nombre de candidats, ce qui est problématique car les suppléants sont la soupape de sécurité du système éducatif : c’est eux qui sont appelés en remplacement lors de l’absence des professeurs.

« Le recrutement des suppléants connaît un début de pénurie, notamment en mathématiques, anglais et allemand ; les académies les plus touchées sont Créteil et Orléans-Tours, où désormais toutes les absences ne peuvent être remplacées. » (p. 8)

Le nombre de candidats reçus prenant effectivement leur poste est lui aussi en diminution : les démissions avant l’entrée dans le premier poste, ou bien dans les quelques semaines qui suivent la rentrée, sont en augmentation, sans que le ministère ne donne de chiffres précis sur cette réalité.

Les raisons de la désaffection des étudiants pour la carrière enseignante

Quatre grandes causes sont avancées pour expliquer cette désaffection du métier d’enseignant : l’image dégradée du métier, l’appréhension de la mobilité géographique, la logique du concours, l’insuffisance de la formation initiale.

« L’ensemble des interlocuteurs de la mission ont souligné une perception négative du métier : gestion de classe difficile, violence, statut social dégradé, reconnaissance insuffisante, perte d’autorité, rareté des possibilités d’évolution ou de reconversion, rémunération ne correspondant pas à une formation bac +5 ; sentiment d’un manque de formation pratique, de décalage entre le niveau exigé de maîtrise de la discipline et son application dans un cadre scolaire. » (p. 12-13)

« C’est moins l’enseignement que l’on voudrait éviter, que l’enseignement secondaire général, et plus spécifiquement encore le collège, investi d’une image globalement très négative, notamment dans les académies de premières affectation comme Créteil. » (p. 13)

On constate toutefois que le métier d’enseignant est bien perçu à la fois par ceux qui le pratiquent que par la population.

« Selon le sondage réalisé sur l’état d’esprit des enseignants à la rentrée 2012, 68% des enseignants se disent satisfaits d’exercer leur métier, surtout parmi les plus jeunes. Ceux qui ne sont pas satisfaits invoquent comme motifs le manque de reconnaissance à 42%, une rémunération insuffisante à 32%, le comportement et l’indiscipline des élèves à 25%. Mais 86% d’entre eux se disent motivés par leur travail, 9 sur 10 ont le sentiment d’être utiles à la société, 8 sur 10 sont fiers d’être enseignants. » (p. 14) Source : Sondage Opinionway.

« L’enquête réalisée auprès des Français à la demande du ministère de l’Education nationale en novembre 2012 rend une autre tonalité. Plus de huit Français sur dix ont une image positive du métier d’enseignant : 78 % considèrent que c’est un métier d’avenir, et 76 % seraient fiers que leur enfant devienne enseignant. 87 % de Français sont ainsi d’accord pour dire que les enseignants « aiment leur métier », 86 %, qu’ils « exercent un métier exigeant », 82 %, qu’ils « s’investissent dans leur travail », 79 % qu’ils « font un travail valorisant sur le plan personnel », 77 % qu’ils « méritent une plus grande reconnaissance sociale », et 74 %, qu’ils « s’engagent personnellement pour la réussite de leurs élèves ». Source : Sondage CSA, novembre 2012.

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