Jean-Baptiste Noé

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L’ancienne plaine d’Asnières

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Travaillant dans le quartier de Bécon-les-Bruyères depuis plusieurs années, j’ai l’occasion quotidienne de marcher dans ces paysages d’Asnières, Bois-Colombes, Courbevoie, ô combien transformés par le temps.

La plaine a laissé la place à l’extension de la Défense, et ce qui était encore il y a une trentaine d’année la banlieue de Paris en est désormais son coeur.
Je retrouve alors dans les mémoires de Louis Bouyer l’évocation de la plaine d’Asnières. Le théologien y a passé une partie de son enfance, dans les années 1920, et ses souvenirs nous montrent à quel point ces paysages ont changé.

Car, au cours des dernières années de la guerre, puis des premières de l’après-guerre (naturellement c’est toujours de 1914-1918 que je parle), j’ai le sentiment d’avoir passé le meilleur de mon temps, plus ou moins en solitaire, dans trois jardins successifs. Le premier me semblait grand, comme à tout enfant il l’eût paru, mais l’ayant revu inchangé il y a peu, je ne puis douter qu’il était minuscule, encore qu’un fouillis d’allées tournantes, d’arbres, d’arbustes et de buissons puissent y concourir à l’illusion. Il était situé, et je pense qu’on l’y retrouverait encore, au 52 de l’avenue Faidherbe, à Asnières. C’est dire qu’il accompagnait l’une des toutes dernières maisons de cette localité. Presque aussitôt par-delà venait ce qu’on appelait « la
Plaine » : plaine dite de Bécon-les-Bruyères, bien que je n’y aie jamais vu trace de celles-ci : vaste étendue irrégulière, en petite partie cultivée, pour le reste à l’abandon, mais tachetée et ceinturée d’arbres.

Pour moi, cette plaine représentait une première et prodigieuse découverte de la nature ; encore devait-elle être passablement pelée ! Mais les promenades que nous y faisions à la tombée de la nuit, et tout simplement la vue que nous avions sur elle d’une haute véranda, quelques lumières isolées piquant seules dans le soir ses confins, m’ont procuré une première expérience de la vastitude et du mystère du monde. (…)

Plus loin encore de ce côté, s’élevaient les derniers et très modestes immeubles de la cité asniéroise, une école que je fréquenterais plus tard fermant la perspective de notre rue, à une distance qui me semblait considérable. Mais à part quelques visites aux boutiques, et d’autres dont je dirai bientôt un mot, toute mon attention, dans ces années de l’avenue Faidherbe, me paraît avoir été captée par notre jardin, en dehors des deux allées si différentes et de la Plaine, proche et lointaine.

Louis Bouyer, Mémoires, Le Cerf, 2014, p. 29-31