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L’Italie, berceau des banques et du capitalisme

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L’Italie, berceau des banques et du capitalisme

En se rendant en Italie, le touriste pourra effectuer un voyage à travers l’histoire des banques et du capitalisme. Nombreuses sont les villes italiennes qui ont contribué au développement de l’économie capitaliste, dans une période comprise entre le XIIe et le XVIe siècle. Venise et Gênes ont constitué des comptoirs et des empires commerciaux en Méditerranée et en Orient, empires économiques qui ont été aussi puissants que rivaux. Venise, à son apogée, contrôlait la mer Adriatique et la Dalmatie et elle avait de puissants relais en Mer Noire. Elle assurait le commerce de la soie et des épices, ainsi que des métaux précieux. Marco Polo en est le représentant le plus fameux, lui dont le Livre des Merveilles fit rêver des générations d’aventuriers. Polo fut emprisonné par les Génois, ennemis farouches de Venise, dont la rivalité engendra notamment le détournement de la quatrième croisade et la prise de Constantinople (1204). Les villes de Toscane ont également pris part à l’expansion économique. À Sienne fut fondée en 1472 la banque Monte dei Paschi qui est aujourd’hui la plus ancienne banque encore en activité. Le terme de paschi désigne la maremme, qui est une zone de marécages le long de la côte. À l’origine, la banque servait à financer les activités des éleveurs. Avec l’unification italienne du XIXe siècle, son activité s’est étendue à toute la péninsule, puis aux pays étrangers. Florence est une autre grande ville économique. Sa monnaie d’or, le florin, est frappée dès le XIIIe siècle. Son nom est tiré du lys qui orne la monnaie, symbole de Florence et qui se dit florenus en latin. La stabilité de la monnaie fait qu’elle est utilisée dans toute l’Europe, grâce aux marchands italiens qui l’utilisent dans les foires et les marchés, notamment les grandes foires de Champagne qui sont le cœur vibrant de l’économie européenne au XIIIe siècle. Par la suite, d’autres villes ou États ont frappé des monnaies dénommées florins, sans qu’il y ait de liens avec Florence.

Le rôle des Lombards. Les historiens de l’économie médiévale, notamment Jacques Heers (1924-2013), ont montré le rôle crucial joué par les Lombards dans le développement de l’économie capitaliste. Par leur situation géographique, ils sont en contact aussi bien avec la péninsule qu’avec le nord de l’Europe, où ils peuvent notamment acheter les draps de laine d’Angleterre et des Flandres. C’est à eux que l’on doit, entre le XIIe et le XIIIe siècle, l’invention de la lettre de change (qui donna le chèque), de la comptabilité analytique et des dépôts (origine des banques) ; des éléments qui se sont perfectionnés dans les siècles suivants. Les Templiers ont repris une partie de cette fonction de changeur et de prêteur de monnaie, ce qui a assuré leur richesse, et ce qui leur a attiré les jalousies de Philippe le Bel, jusqu’à sceller leur mort. Cet essor économique se retrouve aussi dans le sud de la péninsule, à Naples et en Sicile, dont les Normands, qui dominaient alors l’île, multiplient le commerce et les échanges en Méditerranée et en Europe du Nord. Une grande partie de l’argent gagné est mis au service de l’art : il s’agit de montrer la puissance des familles et de manifester l’orgueil des villes. S’il ne reste plus grand-chose des anciennes routes du blé et des épices demeurent les somptueux palais et les toiles des grands peintres. Preuve que l’essor du capitalisme peut accompagner celui de l’art et de la culture.

Chronique parue dans l’Opinion.