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Il y a deux siècles, le congrès de Vienne

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Quand Vienne dessine l’Europe

L’Europe s’est formée tout au long de ses grands traités : Westphalie (1648), Vienne (1815), Versailles (1919), Rome (1957) pour ne citer que les principaux. Le congrès de Vienne vise à régler l’aventure napoléonienne et clôturer les décennies révolutionnaires. L’acte final, signé en français le 9 juin 1815, est un des chefs d’œuvre de la diplomatie européenne. Dans une capitale autrichienne qui connaît les derniers fastes d’Ancien Régime, des centaines de diplomates se retrouvent pour discuter de la nouvelle carte du continent et tracer les frontières de l’équilibre et de la stabilité. Jamais congrès n’a réuni autant de diplomates de si grande renommée : Wellington (Angleterre), Metternich (Autriche, qui dirige le gouvernement jusqu’en 1848), Nesselrode (Russie) accompagnant son tsar Alexandre 1er, le cardinal Consalvi pour les Etats pontificaux, le prince Hardenberg pour la Prusse, et Talleyrand pour le royaume de France.

Dans les salons et les hôtels, on échange et on discute, on soupèse et on parlemente. C’est l’Europe des principautés et des têtes couronnées, quand les familles royales gouvernaient et régnaient, avant de céder leur place aux technocrates. Le congrès ne connaît quasiment pas de séances plénières, les décisions sont prises par les quatre grands, Prusse, Autriche, Angleterre, Russie, vainqueurs de Napoléon. La France est isolée. Mais on connaît l’extrême habileté de Talleyrand, envoyé par Louis XVIII pour permettre au royaume de retrouver son rang. Il se fait le porte-parole des petits Etats qui craignent l’hégémonie du quatuor. Royaume de Sardaigne, République de Gênes, confédération des cantons suisses, chevaliers de Malte… tous redoutent l’hégémonie de l’Europe centrale. Talleyrand négocie et réussi à se mettre au niveau des puissances vainqueurs. Il a amené avec lui un orchestre pour danser, un cuisinier, le grand Carême, pour régaler les palais, et sa nièce, charmeuse et envoutante, capable d’arracher quelques secrets d’alcôve.

La diplomatie de la table. Maintenant que l’Europe retrouve la paix après 23 ans de guerre, la diplomatie s’amuse, pour mieux négocier. Talleyrand organise le concours du meilleur fromage, et c’est le Brie de Meaux qui gagne. La valse fait son apparition, et domine la danse continentale jusqu’à la Grande Guerre. Mais au-delà des futilités, des décisions majeures sont prises. L’ordre de Vienne veut éviter un nouveau conflit continental. Il s’agit d’établir l’équilibre des puissances, obsession continue de la diplomatie européenne. Ni la Prusse, ni l’Autriche ni la France ne doivent dominer. On partage une nouvelle fois la Pologne, Belgique et Hollande sont fusionnées, la carte de l’Allemagne est simplifiée, ramenée de 350 à 39 Etats. La Russie, dont on se méfie, est mise à l’écart. L’Angleterre commence son splendide isolement. La France voit ses frontières ramenées à celles de 1791. L’aventure napoléonienne des Cent Jours et la débâcle de Waterloo (18 juin), oblige à un nouveau traité, où la France perd plusieurs territoires.

Metternich et l’Autriche s’imaginent grands vainqueurs du congrès. Il est vrai que l’Empire a accru ses territoires et que sa vision de l’Europe a prévalu. Mais c’est la Prusse qui s’est surtout renforcée, prélude aux combats à venir contre Vienne à Sadowa (1866) et contre Paris (1870). L’équilibre européen reste toujours précaire.

Chronique parue dans l’Opinion