Il n’y a pas de droitisation

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dimanche 12 mars 2017

Où est la droitisation ?

Dans sa vie politique actuelle, la France connaîtrait une droitisation. Ce concept ne m’a jamais convaincu, parce qu’il me semble reposer sur des présupposés erronés.

Erreur de la droite et de la gauche

Les concepts de droite et de gauche sont commodes pour expliquer la structuration de la vie politique française et ils restent tout à fait d’actualité, n’en déplaise à ceux qui voudraient les transcender. Mais ce ne sont pas des concepts de philosophie politique. Droite et gauche désignent des coalitions électorales. À l’origine, la gauche regroupe les républicains et la droite les monarchistes. De nos jours, les monarchistes ont quasiment disparu, à ce titre la gauchisation de la vie politique est donc totale. Les socialistes sont aujourd’hui la force principale de la gauche, mais cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’au début des années 1950, ce sont les radicaux qui dominent la gauche, ayant pris l’ascendant sur les républicains modérés à l’orée des années 1900. Jusque dans les années 1970, les communistes ont une force électorale supérieure à celle des socialistes. Avec 25% de l’électorat, le PCF fut longtemps le premier parti de France.

La droite est gaulliste depuis les années 1950. Auparavant, elle se structurait autour de forces multiples, dont un certain nombre refusait le jeu démocratique.

Gauche et droite sont donc des catégories partisanes qui structurent les mouvements politiques. Parler de droitisation est donc une erreur, car la droite (comme la gauche) n’est pas une idée ou une pensée, mais une coalition électorale.

Le socialisme à 75%

Cette présidentielle 2017 a l’attrait de voir s’affronter quatre candidats au programme socialiste (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron) dont le total des intentions de vote avoisine les 75%. Si les socialistes sont à gauche, il est donc, là aussi, impossible de parler de droitisation. La droite ne voit pas ses intentions de vote augmenter, restant dans la dizaine des 20% obtenus au premier tour par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Les trois forces de la vie politique française

Dans son maître ouvrage, Histoire des idées politiques de l’Antiquité à nos jours, Philippe Nemo définit trois familles de la philosophie politique française qui structurent la politique contemporaine. Ces trois familles nous paraissent tout à fait justes, et nous les faisons nôtres. Il désigne ainsi les réactionnaires, les révolutionnaires (ou progressistes) et les libéraux.

Les réactionnaires sont nostalgiques d’un ordre ancien, ont une aversion pour le progrès et veulent restaurer un monde d’autrefois. Ils sont uchroniques (l’uchronie désigne le temps qui n’existe pas).

Les révolutionnaires sont tournés vers le futur qu’ils veulent sans cesse bâtir. Ils souhaitent en finir avec l’ordre ancien et rompre avec le passé. Ils sont progressistes, croyant dans les forces profondes du progrès. Ils sont utopiques (l’utopie désigne le lieu qui n’existe pas).

Les libéraux sont attachés à la liberté et à la continuité. Ils ont confiance dans la démocratie et tentent de concilier le meilleur du passé avec les promesses avenantes du futur.

Ces trois familles politiques s’expriment dans différents mouvements, avec des variantes plus ou moins marquées, des rhétoriques et des idées propres. On les trouve à l’œuvre à l’occasion de cette présidentielle. Je ne suis pas sûr que les Français soient plus réactionnaires, progressistes ou libéraux que dans le passé ; la vie politique actuelle me semble structurée par le clivage de ceux qui espèrent la réforme et par ceux qui la craignent.

Réformer : espérance ou malchance ?

Peu de gens pensent que la situation actuelle est bonne, beaucoup aimerait que celle-ci changeât. Mais ce sont sur les modalités de la réforme que le clivage est important. Il y a ceux qui pensent que les maux de la France viennent de la mondialisation, et qu’il faut donc plus de protection et d’État-providence pour en limiter les effets négatifs. Face à eux, il y a ceux qui estiment que les maux de la France viennent de son État-providence et qu’il faut donc le dégraisser pour que les forces vives du pays retrouvent l’agilité et la souplesse leur permettant de créer des emplois et de la richesse. Il y a donc ceux qui voient la fermeture comme un espoir et d’autres comme un échec. Là est le véritable clivage (mais nullement entre mondialistes et patriotes, des concepts absurdes trop souvent répétés).

On le voit avec la Sécurité sociale. Tout le monde convient que le système de santé ne fonctionne pas correctement : il est structurellement déficitaire, on a du mal à trouver un médecin (surtout en province) et on est très mal remboursé, en dépit de cotisations en augmentation croissante. Que faut-il faire alors ? Mettre davantage d’États providence pour sauve le système que le monde entier nous envie, ou en finir avec lui et permettre la libre adhésion à des systèmes privés ?

Idem pour l’école. Pour la rebâtir, faut-il plus d’étatisme ou plus de liberté ? Et pour les migrations, faut-il les libéraliser ou bien accroître l’intervention de l’État ? Bref, pour tous ces cas, faut-il renforcer ce qui s’affaiblit, ou passer à un autre modèle ?

Là est, me semble-t-il, la véritable structuration de la vie politique française, bien loin d’un simple clivage gauche / droite.

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