Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Histoire de Saint Nicaise

Accueil > Articles > Histoire de Saint Nicaise

Nicaise fut évêque de Reims au V° siècle. Il refusa de quitter la cité au moment des invasions barbares et, se présentant au devant des envahisseurs pour demander la paix, il fut décapité. Il est un exemple de chrétien fidèle à sa parole, refusant de céder à la peur face à l’ennemi et défendant la foi quitte à en périr. Le texte de Flodoart est un classique de l’hagiographie.

Histoire de saint Nicaise par Flodoart (vers 894, 966). Après les évêques que nous avons nommés, le siège épiscopal fut occupé par saint Nicaise, homme d’une grande charité et d’une grande constance. Pendant les ravages des Vandales en Gaule, il dirigea avec beaucoup de fermeté l’Eglise qui lui était confiée ; pendant la paix, il sut l’illustrer et l’embellir ; au milieu des dangers, il sut la diriger et la protéger, édifiant le peuple par la piété de sa doctrine et de ses exemples, et relevant par des constructions et des embellissements la splendeur de l’Eglise, chaste épouse de Jésus-Christ.

Ce fut, dit-on, sur une révélation céleste qu’il fonda, en l’honneur de la Vierge Marie , Mère de Dieu, cette sainte basilique qu’il consacra de son propre sang. Le siège pontifical était primitivement dans l’église dite des Apôtres.

Le saint prélat, instruit par les avertissements d’un ange, prévit longtemps d’avance les massacres qui allaient avoir lieu, et blâmant la dangereuse sécurité qui faisait naître la prospérité il annonça les coups dont la vengeance céleste allait frapper la Gaule. Son inquiète charité portait le poids des péchés du troupeau dont il avait la garde, il était prêt à mourir pour tous, afin de détourner de son peuple la colère céleste, ou du moins, afin de fléchir, à force d’humilité et de contrition, la clémence de Dieu, au sein même de sa vengeance, et d’empêcher que le glaive éternel ne pénétrât jusqu’aux âmes, s’il ne pouvait arrêter le glaive temporel. Mais comme la semence de la parole de Dieu est étouffée au milieu des épines des richesses, ceux qui prospèrent et qui se glorifient des vanités du siècle, n’ouvrent pas leurs cœurs aux conseils salutaires et ne leur permettent pas de porter des fruits. Bien au contraire, embarrassés d’occupations frivoles, et rangés, non sous les véritables étendards de la vie, mais sous les étendards funestes du péché et de la mort, ils n’ont ni une haine complète du mal, ni la force de poursuivre les véritables biens. Bien plus, négliger la sainte religion, mépriser les commandements de Dieu, se rendre esclave des vanités, s’attacher aux vices de la concupiscence, susciter des scandales et des schismes et offenser Dieu, ô douleur ! par toutes ces iniquités ; voilà ce qu’on ne craignait pas de faire alors. Soudain, au milieu de ces prospérités, le Seigneur soulève la furie des nations des plus cruelles. Instruments de la colère divine, et poussées par un instinct sanguinaire, les hordes des Vandales se précipitent sur diverses provinces, renversent les fortifications des villes, égorgent les pères et les mères avec leurs enfants ; ils semblent n’ambitionner d’autre gloire, ne chercher d’autre avantage que de verser des flots de sang humain ; on dirait qu’ils sont surtout altérés de celui des chrétiens. Au fort de cette tempête, florissaient plusieurs hommes célèbres parmi les évêques de la Gaule , saint Nicaise, évêque de Reims, saint Agnan, évêque d’Orléans, saint Loup de Troyes, saint Servais de Tongres, et plusieurs autres personnages célèbres par leurs vertus, qui par leurs mérites et leurs prières, s’efforcèrent longtemps de suspendre l’effet de la colère céleste, d’étouffer toutes les hérésies et toutes les iniquités du peuple, de le ramener par la pénitence à la foi catholique et au vrai culte de Dieu, enfin de détourner de la tête des fidèles le glaive d’une si terrible persécution et des vengeances divines. "Mais, ô crime ! l’impie, dit l’Ecriture, arrivé au fond de l’abîme de ses iniquités, méprise tout." Les hommes n’obéissaient en rien à ces avis salutaires ; mais le saint pasteur Nicaise, par la ferveur de son zèle, par l’assiduité de ses instructions et de ses prières, appelait le peuple de Dieu à la pénitence, ou du moins à la patience et au triomphe du martyre, afin que ceux qu’une prospérité imprévoyante avait fait tomber dans l’abîme du pêché, trouvassent dans leur constance à souffrir l’adversité, non une condamnation, mais une justification et une cause de salut.

Cependant les Vandales placent leur camp autour de Reims, dévastent tout le pays et s’acharnent à la perte des chrétiens que renferme la ville. Leur ambition était de les faire périr, de les faire disparaître de la surface de la terre, comme ennemis de leurs Dieux, comme adversaires des mœurs païennes. Aussi saint Nicaise, à l’exemple de Jésus-Christ, prêt à donner sa vie pour ses frères, se proposa avec une ferme résolution de ne jamais abandonner le troupeau confié à ses soins. Il voulut ou vivre au milieu d’eux, ou partager avec eux les souffrances que voudrait leur envoyer le père de famille, de peur de paraître, en fuyant, déserter le ministère de Jésus-Christ, sans lequel les hommes ne peuvent vivre ni devenir chrétiens. Par là, suivant la pensée de saint Augustin, il a recueilli plus de fruits de charité que celui qui, moins occupé de ses frères que de lui-même et arrêté dans sa fuite, n’a pas nié le Christ, et a reçu la palme du martyre. Le saint prélat, craignait bien plus de laisser en son absence éteindre les pierres vivantes, que de voir, en sa présence, incendier les pierres et les charpentes des édifices terrestres. Ce qu’il redoutait plus, c’était que les membres de Jésus-Christ ne périssent privés de la nourriture spirituelle, et non que ses propres membres succombassent sous les tortures de l’ennemi. Il était préparé à tout événement, afin que si ce calice ne pouvait passer outre, il accomplit la volonté de celui qui ne peut vouloir rien de mal. Il ne cherchait point son intérêt particulier, mais il imitait celui qui a dit ; " Je ne cherche point ce qui est avantageux pour moi, mais ce qui est avantageux à plusieurs, afin qu’ils soient sauvés" Dans la crainte de causer plus de mal en prenant la fuite qu’il ne pourrait faire de bien en conservant la vie, il ne put se déterminer à fuir ; il ne redoutait pas la mort temporelle qui, quelque précaution qu’on prenne, arrivera tôt ou tard, mais la mort éternelle qui peut surprendre, quand on ne se tient pas sur ses gardes, et qu’on peut éviter à force de précautions. Loin de se complaire en lui-même, et de juger au milieu de si grands dangers que sa vie fût plus que celle de tout autre digne d’être sauvée par la fuite, comme s’il était supérieur en mérite, il ne voulut pas priver l’église d’un ministère si nécessaire, surtout en de si grands périls. Il n’imita pas le mercenaire "qui, à la vue du loup s’enfuit et abandonne ses brebis, mais l’exemple du bon pasteur, il offrit sa vie avec le plus grand empressement pour le troupeau qui lui était confié" ; il crut que ce qu’il y avait de mieux à faire c’était d’adresser à Dieu de ferventes prières pour lui-même et les siens.

Tandis que les assiégés sont épuisés par la continuité des attaques, par les veilles et par la famine, tandis que de tous côtés les ennemis exercent leur fureur et pressent la ville de leurs armes victorieuses, la population entière, frappée de crainte, accourt vers saint Nicaise prosterné en oraison. Redoutant la victoire prochaine des païens, elle venait, comme des fils viennent auprès de leur père, pour demander des consolations. Qu’y a-t-il de plus utile à faire, lui demande-t-on ? Faut-il se soumettre au joug des païens ou combattre jusqu’à la mort pour le salut de la ville ? Mais saint Nicaise, que la révélation divine avait instruit d’avance de la ruine de la cité Rémoise consolait ses concitoyens et ne se lassait point d’implorer la clémence du Seigneur, afin que cette affliction de la mort temporelle contribuât, non à leur condamnation, mais à leur pardon, s’ils persistaient à confesser la vraie foi. Il les exhortait à combattre pour le salut de l’âme, non avec des armes visibles, mais par la pureté de leurs mœurs ; à mettre leur confiance non dans les forces temporelles, mais dans l’exercice des vertus spirituelles. Il leur représentait qu’en vertu de la justice de Dieu, la vengeance céleste avait été soulevée par les crimes des pécheurs. Il leur annonçait qu’un moyen sûr de salut, c’était de se convertir avec componction sous la verge du Seigneur, et d’en souffrir les coups, non avec crainte et désespoir, comme des enfants d’iniquité, mais avec patience et douceur, comme des enfants de piété, destinés à recevoir les récompenses promises dans le royaume des cieux. Il les exhortait à supporter avec courage des tribulations d’un jour, dans l’espoir du salut éternel, et à s’offrir volontairement à cette mort d’un moment, afin d’échapper à la damnation éternelle due à leurs péchés, et de trouver dans une mort momentanée, non un supplice, mais la guérison de leurs âmes pour l’éternité. Il les engageait encore à prier pour leurs ennemis, afin qu’un jour ils renonçassent enfin à leurs iniquités, et que, de ministres de l’impiété qu’ils étaient, ils devinssent les partisans de la piété et les sectateurs de la vraie foi. Il se représentait comme prêt, ainsi que le doit être un bon pasteur, à donner sa vie pour ses brebis et à sacrifier cette vie terrestre pour leur faire obtenir, ainsi qu’à lui-même, le pardon des péchés et le salut éternel.

Avec saint Nicaise était sa sœur, sainte Eutropie, vierge consacrée au Christ, qui, pour mettre sa vertu à l’abri de tout danger, ne quittait point le saint évêque, et s’attachait à suivre ses exemples, afin que le Seigneur daignât préserver la pureté de son âme de toute souillure, et la chasteté de son corps de la corruption des plaisirs sensuels. Aussi tous deux, par leurs pieuses exhortations, faisaient tous leurs efforts pour engager le peuple à cueillir la palme du martyre, et, dans leurs prières, ils demandaient à Dieu de leur accorder le prix de la victoire. Enfin arriva le jour fixé par les décrets de Dieu pour l’invasion des barbares. Aussitôt que saint Nicaise apprend l’approche des païens furieux, fortifié par la vertu de l’Esprit-Saint, il se rend avec sa sœur, en chantant des hymnes et de pieux cantiques, à la porte de l’église de la sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Nous avons dit précédemment que saint Nicaise l’avait bâtie dans la partie haute de la ville. Au milieu de la psalmodie, tandis qu’il chante d’une voix pieuse ce verset de David ; "Mon âme s’est abaissée jusqu’à terre," sa tête tombe tranchée par le glaive, sans que les pieuses paroles expirent dans sa bouche ; car la tête tombant à terre poursuivait, dit-on, cette sentence d’immortalité ; " Vivifiez-moi, Seigneur, conformément à votre parole ."

Sainte Eutropie voyant la fureur des barbares s’adoucir à son aspect et pensant que sa beauté allait être réservée à leur brutale rivalité, s’élance sur le meurtrier de l’évêque, éclate en invectives, et provoquant elle-même son martyre, le frappe au visage ; puis, animée d’une vertu divine, il arrache les yeux et les fait rouler à terre. Bientôt égorgée par les ennemis en fureur, elle mérita par l’effusion de son sang, la palme de la victoire, avec son frère le pontife du Christ et d’autres saints triomphateurs. En effet, plusieurs personnes, soit du clergé, soit du peuple, imitèrent cette fermeté, et, participant aux souffrances du moment, méritèrent de prendre part à la béatitude éternelle avec leur bienheureux père en Jésus-Christ. Les plus illustres étaient le diacre Florence et saint Joconde, dont les chefs sont conservés dans un tombeau derrière l’autel de Sainte-Marie, Mère de Dieu. Après tant de carnage, après avoir versé des flots de sang, les barbares étonnés de la fermeté de la vierge et du prompt châtiment infligé au profane meurtrier, furent tous saisis d’horreur et d’effroi ; ils s’imaginèrent voir des armées célestes rangées en bataille pour tirer vengeance d’un si grand crime ; l’église elle-même retentissait d’un bruit effrayant. Les Vandales, épouvantés et redoutant la vengeance divine, laissent ça et là leur butin, s’enfuient confusément et abandonnent pour jamais la ville qu’ils viennent d’envahir. Elle demeura longtemps déserte, les chrétiens s’étant réfugiés dans les montagnes, de peur d’être attaqués par les païens, tandis que ceux-ci redoutaient les horreurs dont le ciel les avait frappés ; les reliques des martyrs y restèrent sous la protection seule de Dieu et des anges. La nuit, on apercevait au loin les lumières d’en haut, et plusieurs personnes entendirent les suaves accords et les chants des chœurs célestes. Enfin rassurés par cette révélation du triomphe des cieux, les habitants que la Providence avait conservés pour ensevelir les Saints, reviennent à la ville en faisant des prières. Arrivés au lieu où les corps des martyrs étaient ainsi glorifiés, ils sentent s’exhaler les parfums les plus doux ; mêlant les larmes à la joie, ils célèbrent en pleurant les louanges du Seigneur, se disposent à ensevelir les saintes reliques, et les déposent avec respect en lieu convenable dans le voisinage de la cité. Les précieux restes de saint Nicaise et de sa sœur furent solennellement placés dans le cimetière de saint Agricole, dont l’église avait été longtemps auparavant fondée et richement ornée par Jovin, homme très chrétien et préfet de la milice romaine, en sorte que la divine Providence semble avoir préparé cette église pour l’honneur et la dignité de ces martyrs plutôt que par sa destination première. Cette église portait cette inscription en vers que le même Jovin y avait fait graver en lettres d’or ;

" Jovin se consacra avec ardeur à la carrière des armes ; il y parvint aux premières dignités ; deux fois, son mérite l’éleva au rang de maître de la cavalerie et de l’infanterie, et il s’est acquis un nom immortel dans la postérité ; mais tant de gloire est encore surpassée par sa profonde piété ; la religion a consacré ses éclatants triomphes, en sorte qu’il s’est élevé au-dessus de la gloire que la renommée accordait à ses hauts faits et qu’il a pu par ses œuvres espérer la vie éternelle. C’est ici, à la source même du salut, qu’il prépare à ses restes mortels une vivante demeure, il embellit avec joie l’asile destiné à son corps et pourvoit à la conservation des membres qui doivent être rendus à la vie. Le Christ tout puissant, juge vénérable et terrible, Dieu bon et miséricordieux, fidèle espoir de ceux qui l’implorent, ne tient pas compte à ses serviteurs de leurs actions d’éclat ; préférons donc avec raison les œuvres de foi et de piété."

Aussitôt que les corps des saints martyrs eurent été déposés dans cette église, elle fut illustrée par un grand nombre de miracles. Par leurs mérites et leurs prières, ils obtiennent la guérison d’une foule de malades, et par leurs exemples enseignent au peuple à se diriger vers le ciel.

Saint Jérôme fait mention de cette persécution des barbares dans une lettre à une jeune veuve noble nommée Agéruchia. Il l’exhorte à persévérer dans son veuvage, et ajoute entr’autres choses ;

"Des nations innombrables de barbares ont envahi toutes les Gaules. Tout le pays renfermé entre les Alpes et les Pyrénées, entre l’Océan et le Rhin, a été ravagé par les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Alains, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Bourguignons, les Allemands, les Pannoniens. O malheureux Pays ! "L’Assyrien était avec eux." Mayence, ville autrefois fameuse, a été prise et détruite, et dans l’église, des milliers d’habitants ont été égorgés. La ville des Vangions a été ruinée par un long siège. Les habitants de la puissante cité de Reims, les Ambiens, les Atrebates, les Morins, situés à l’extrémité du globe, ceux de Tournay, les Némètes et ceux d’Argentoracus ont été transportés en Germanie. Dans l’Aquitaine et la Novempopulanie , dans la Lyonnaise et la Narbonnaise , tout a été saccagé, à l’exception d’un petit nombre de villes ; au dehors le glaive, au dedans la famine, etc.."

Enfin, on rapporte que c’est dans cette église que saint Remi faisait son séjour habituel, afin d’être corporellement aussi près des saints martyrs qu’il l’était toujours par la pensée. On montre encore près de l’autel une petite chapelle où il avait coutume de prier en secret et de présenter loin du bruit du monde, à celui qui voit tout, l’offrande de la plus sainte méditation. Ce fut là que remplissant un jour ce pieux devoir, il apprit l’incendie de la ville. Aussitôt il se hâta d’accourir en invoquant le Seigneur, et encouragé par les suffrages des saints, il laissa l’empreinte de ses pas sur les marches de l’église.