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Entretien pour Atlantico

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Entretien pour Atlantico au sujet de la parution du nouveau livre du Pape.

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Les entretiens que s’est vu accorder Dominique Wolton avec le pape François lèvent une partie du voile sur la personnalité très secrète et profonde du souverain pontife. Quels sont les principaux enseignements de ces textes ?

On connaît finalement assez peu le pape François. Avant son élection il n’a pas écrit de livres importants et il n’était pas très visible dans la vie de l’Église. Il restait en Argentine, loin de Rome, si bien qu’il était assez inconnu.

À travers ces lignes se révèlent un homme à la personnalité forte, fidèle et solide dans sa foi, mais qui est hanté par ce qu’il appelle « la rigidité ». Il craint l’enfermement des personnes qui sont sûres d’elles et qui finalement ne parlent plus autres. Il a peur de l’enfermement dans la routine, ce qui fait perdre l’audace créatrice et qui empêche de se mettre à jour. Souvenons-nous des JMJ de Cracovie quand il a tancé les jeunes présents qui risquaient de devenir des jeunes de salon au lieu de partir conquérir le monde.

Dans ces entretiens il reprend une idée qui lui est chère : l’Europe ne doit pas être une grand-mère, mais une mère. Il avait déjà développé cette idée lors de son voyage au Parlement de Strasbourg. Cela nous bouscule nous aussi. Si l’Europe est uniquement préoccupée par la sauvegarde de ses retraites et de ses avantages acquis, elle ne va pas aller très loin.

Le pape François aime déranger et sortir de ses certitudes et il aime que les autres sortent aussi des leurs. Et puis, il a ce style latino qui peut dérouter un Européen. Un style très direct, sans circonvolution, sans douceur, où l’on dit les choses directement.

L’entretien porte essentiellement sur la nature de l’engagement politique et social du pape. En quoi la personnalité singulière du pape explique-t-elle sa posture particulièrement engagée sur la scène politique internationale ?

C’est un homme qui a connu la dictature en Argentine, une époque très dure avec une forte répression politique. Il a aussi connu le risque communiste et des luttes sociales très violentes. Son message essentiel est que la politique doit être le fait des laïcs, qui doivent s’engager librement et assumer leurs actes. Ils ne doivent pas attendre que les prêtres viennent leur dire ce qu’il faut faire.

Le Pape craint une montée aux extrêmes de la violence. La crise écologique, la crise migratoire, le terrorisme, tout cela risque de se souder, de coaguler, et de créer une déflagration mondiale. Il parle régulièrement de la guerre mondiale par morceaux. Pour lui, la seule façon d’éviter cette guerre c’est de se connaître et de se parler pour faire tomber les peurs. C’est ce qu’il fait en rencontrant le patriarche de Moscou et le recteur de la mosquée Al-Azhar.

Les propos du Pape portent toujours sur la scène internationale, parce qu’il est très bien informé de ce qui se passe dans le monde et parce que l’on sait qu’il ne vise aucun intérêt particulier, mais l’intérêt des personnes et des peuples.

Comment ce genre d’entretien est-il pris et compris par la communauté catholique et plus spécifiquement par le Vatican et l’appareil de l’Église ?

Le Pape l’a décidé seul, peu de personnes étaient informées de la parution de ces entretiens. Pour l’instant ne sont publiés que des extraits, la version finale sera diffusée en décembre. Pour le Pape, c’est aussi une façon d’expliquer plus en détail ce qu’il veut faire, son projet pour l’Église et pour les hommes. C’est une façon de mettre de la cohésion dans une action qui est parfois brouillonne. Dans le même temps, il réaffirme des choses très fortes : le fait que le mariage ne concerne que l’union d’un homme et d’une femme, que l’avortement est un drame pour les femmes, que les chrétiens doivent prier davantage. C’est aussi, pour les chrétiens, une invitation à mieux vivre leur foi.