Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Entretien à Atlantico

Accueil > Articles > Entretien à Atlantico

Je réponds aux questions d’Atlantico sur l’exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia.

Dans quelle mesure le synode sur la famille, où il a dû ferrailler contre des cardinaux et une partie de l’Église plus traditionaliste, a-t-il fragilisé le pape François ?

Pendant les deux parties du synode, le Pape a laissé s’exprimer toutes les tendances et toutes les opinions. Dans son discours d’ouverture du synode d’octobre 2015, il a demandé aux pères synodaux de s’exprimer librement, si bien qu’il a favorisé les débats et les affrontements internes. Le pape lui-même n’a jamais exprimé son avis sur les questions abordées, si ce n’est pas petites touches, lors d’interventions périphériques. Le texte final est équilibré et peut convenir à toutes les parties. Il ne rompt pas avec le magistère de l’Église, tout en encourageant l’étude personnelle et attentive des cas difficiles.

Quelles sont les réelles nouveautés contenues dans le texte de l’exhortation pontificale Amoris Laetitia par rapport à l’enseignement traditionnel de l’Église ?

La nouveauté ne réside pas dans le fond, mais dans la forme. L’exhortation apostolique porte un regard éminemment positif et joyeux sur la famille, bien explicité par son titre. Elle parle de la joie qu’il y a à fonder un foyer, à éduquer des enfants, à œuvrer pour des familles stables et fécondes. La question des divorcés remariés n’est pas l’élément principal du texte.

Celui-ci parle d’abord des moyens à trouver pour favoriser la stabilité des familles, pour assurer la transmission de la foi, pour que les parents puissent éduquer correctement leurs enfants. Les difficultés des familles sont aussi abordées, notamment la difficulté de certains jeunes à oser fonder des foyers stables, ainsi que ceux qui ont connu l’échec de leur mariage.

Sur quels points développés par le pape François dans son exhortation les clivages apparus pendant le synode peuvent-ils se réveiller ? À quel point peuvent-ils s’accentuer ?

Certains pourront lui reprocher de ne pas avoir fait les ouvertures qu’ils souhaitaient sur les nouvelles formes de parentalité. Il est difficile de savoir jusqu’où ces tensions peuvent s’accentuer. Les ecclésiastiques qui ont soutenu des positions plus laxistes quant au dogme viennent surtout d’Allemagne et d’Europe du Nord. Ils n’ont quasiment aucune influence dans les autres parties du monde. Ce sont aussi, très souvent, des personnes assez âgées, qui appartiennent à l’ancienne génération de l’Église.

C’est là un de leur paradoxe : ils se veulent modernistes, mais ils se rattachent à des courants intellectuels datés et passés, ceux des années 1970-1980. Ils sont l’ancienne génération de l’Église, leur influence est déclinante.

Les courants plus traditionalistes pourront penser que le Pape a été trop loin. Mais le texte ne prenant pas position sur les points controversés, chaque camp pourra l’interpréter à sa façon.

En prenant une voie à mi-chemin entre celle défendue par les défenseurs de la doctrine traditionnelle de l’Église et celle des partisans d’une modernisation de cette doctrine, le pape François ne risque-t-il pas de mécontenter chacune de ces deux tendances ? Quelles conséquences cela aurait-il ?

On verra sûrement apparaître des pratiques différentes selon les pays et selon les diocèses. Par exemple, l’assouplissement de la procédure de reconnaissance de la nullité du mariage sera plus ou moins appliqué en fonction des diocèses. Mais le Pape a voulu prévenir les batailles éventuelles autour de cette exhortation. Il a rappelé que la plupart des points peuvent être discutés. Le Pape a publié un texte pragmatique : il rappelle que l’on doit toujours partir des personnes, non de la loi, et qu’il faut savoir discerner dans chaque cas et chaque situation les éléments qui forment sa spécificité. L’idée-force du texte, c’est que la famille n’est pas un fardeau, mais une joie, et qu’elle fait grandir les hommes.

A lire ici.