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Education nationale : les mesures d’urgence

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En mai 2017 arrivera un nouveau ministre de l’Éducation Nationale. Comme à chaque scrutin ou chaque remaniement d’ampleur, le Président et son Premier ministre devront choisir entre deux voies : soit un personnage falot qui ne touchera rien et habillera son immobilisme à coups de réformettes pour amuser la galerie (cas le plus fréquemment rencontré), soit choisir un réformateur (ou une réformatrice) bien décidé à améliorer notre performance éducative.

Si l’on en juge par le profil des candidats actuels (Vincent Peillon et François Fillon ont été ministres de l’Éducation), le choix de la réforme devrait s’imposer. Voici un petit guide des manoeuvres d’urgence à opérer durant les 100 premiers jours du nouveau ministre pour rompre avec des décennies de déclin.

Éducation Nationale : un diagnostic rapide

Sur le fond, les grandes étapes du diagnostic à porter sur l’Éducation nationale sont bien connues, grâce aux classements internationaux.

Le classement PISA mesure la difficulté de l’école publique à corriger les inégalités sociales et, plus largement, sa difficulté à épanouir des compétences fondamentales chez les élèves. Par compétences fondamentales, il faut entendre l’aptitude des élèves à maîtriser le langage et son sens.

À l’occasion du rapport PISA, d’autres difficultés inhérentes au système scolaire français apparaissent régulièrement. En particulier, la muraille de Chine que cherche à bâtir chaque matin le corps enseignant pour être séparé du reste du monde pose un lourd problème : les systèmes éducatifs les plus performants dans le monde sont ceux qui intègrent le mieux les parents dans le fonctionnement quotidien de l’école.

Le classement de Shanghaï montre pour sa part les dégâts causés par l’implosion universitaire en France. Longtemps niée par le corps éducatif, cette implosion se traduit aujourd’hui par des affectations des étudiants dans les filières de formation à coups de tirage au sort…

On s’intéressera ici à l’enseignement secondaire.

Pourquoi agir en 100 jours ?

Beaucoup aiment à faire croire que les réformes éducatives s’inscrivent forcément dans un temps long. Je me souviens même d’un haut fonctionnaire de l’Éducation nationale me soutenant un jour qu’une bonne réforme ne pouvait se faire en moins de 10 ans.

Cette légende urbaine fait évidemment partie de l’anthologie de l’immobilisme rééditée chaque année par la nomenklatura éducative, d’autant plus attachée à son confort de vie qu’elle n’inscrit pas ses enfants dans les établissements difficiles. Je me souviens d’un inspecteur général de l’Éducation, déclaré trotskyste, qui condamnait les horribles parents qui recouraient à l’école privée mais était très heureux d’avoir inscrit ses enfants dans une école publique de l’un des quartiers les plus chics de Paris.

En réalité, l’Allemagne est parvenue à métamorphoser son système scolaire en quelques années, avec beaucoup de volontarisme politique. En revanche, elle a remis au travail sa pédostructure et lui a demandé de porter un projet collectif.

Rétablir une pédostructure démocratique

La première mesure que le nouveau ministre devra prendre consistera à suivre le même chemin qu’en Allemagne : une reprise en main de l’appareil éducatif, et une mise à l’écart consciencieuse des capitaines de tranchée qui occupent les bureaux du mammouth avec le même esprit conquérant et performeur que des officiers d’état-major qui entendent pour la première fois le son du canon. Dans cette perspective, plusieurs axes précis doivent être « opérés » de façon très méthodique pour casser les blocages habituels que la machine éducative organise en toute discrétion.

En premier lieu, le nouveau ministre doit rétablir une vraie transparence sur le fonctionnement de son administration centrale.

Ceci passe par la mise en place d’outils indispensables, comme la communication d’un budget sincère au Parlement, permettant de connaître les vrais coûts de fonctionnement du système. Il est par exemple d’usage de cacher au Parlement la véritable masse salariale de l’administration centrale ou le nombre exact de fonctionnaires qui y sont effectivement affectés.

Ce genre de cachotteries se révèle être mère de tous les vices. Mais on pourrait dire la même chose des marchés informatiques, qui représentent des sommes colossales que personne n’analyse et dont on aimerait savoir à qui ils profitent vraiment. Il ne faudra sans doute pas longtemps pour comprendre que, derrière les grandes déclarations humanistes et solidaires des pédocrates, se cache d’abord une source intarissable de profits pour quelques groupes qui vivent sur le dos de la bête (et du contribuable).

En second lieu, il doit responsabiliser les administrateurs du système en écartant très vite les « planqués » : combien d’inspecteurs généraux n’inspectent plus ? voire ont été interdits de mettre les pieds dans une académie, tant leur incompétence est grande et dévastatrice. Une bonne mesure exemplaire de licenciement pour insuffisance professionnelle permettrait de mieux expliquer aux autres que l’heure est venue d’agir.

En troisième lieu, il est temps de mettre fin à la politique systémique d’emplois fictifs en vigueur à l’Éducation nationale. Plusieurs milliers d’enseignants sont mis à disposition de structures obscures où n’a lieu aucune action d’enseignement. Cela suffit.

Débureaucratiser le système éducatif

Si l’école publique coûte cher et performe peu, sa surbureaucratisation en constitue un premier facteur d’explication. Plus qu’aucun autre pays, la France a inventé de multiples étages d’administration territoriale de l’Éducation Nationale, avec pléthore d’effectifs sous-occupés qui produisent ce que produit toute bureaucratie : un empilement de procédures dont la seule utilité est d’occuper ceux qui les inventent et de justifier leur emploi, et dont l’inconvénient majeur s’appelle démotivation et déresponsabilisation des échelons qui les subissent.

Pour rompre avec cette spirale bureaucratique, le nouveau ministre devra procéder en deux étapes.

Premièrement, il devra immédiatement préparer une grande loi comportant deux chapitres. Le premier chapitre doit instaurer dans les 18 mois l’autonomie des établissements, spécialement dans le second degré.

Cette autonomie doit à la fois porter sur la pédagogie et sur le recrutement des enseignants. Le second chapitre de la loi doit supprimer le système de « barème » qui subordonne les parcours de promotion à l’engagement syndical et non à la compétence éducative.

Deuxièmement, dans les deux ans consécutifs à cette loi, le ministre doit préparer une loi de dégagement des cadres, visant à licencier l’ensemble des personnels administratifs rendus inutiles par l’autonomie des établissements.

Dans les trois ans, le ministre aura ainsi mis un terme à la tyrannie bureaucratique qui étouffe l’école publique.

Défiscaliser les frais de scolarité dans l’enseignement privé hors contrat

Pour le projet de loi de finances suivant, le ministre doit impérativement obtenir de son collègue des Finances une mesure fondamentale pour la vitalité pédagogique en France : la défiscalisation complète des frais de scolarité dans l’enseignement privé hors contrat, dans la limite d’un plafond correspondant à la subvention moyenne perçue par élève au niveau scolaire idoine.

Concrètement, un lycéen coûte aujourd’hui 8.000 euros par an à la collectivité. Les parents qui inscrivent leur enfant en âge d’aller au lycée dans un établissement privé hors contrat doivent bénéficier d’un crédit d’impôt de 8.000 euros pour financer la scolarité de leur enfant.

Cette parfaite neutralité financière entre l’enseignement public et l’enseignement privé, qu’il soit ou non sous contrat, permettra d’établir une véritable concurrence pédagogique entre établissements, et obligera l’école publique à repenser ses méthodes pédagogiques pour attirer des élèves.

Supprimer la carte scolaire

Le ministre doit annoncer que les établissements disposent d’une période de transition de deux ans pour se préparer à la suppression complète de la carte scolaire. Les parents doivent être libres d’inscrire leurs enfants là où ils le souhaitent.

Bien sûr, une telle mesure se prépare, d’où l’instauration d’une période de transition. Mais celle-ci doit aussi permettre aux établissements de préparer une autre réforme fondamentale : l’indexation de la dotation de fonctionnement sur le nombre d’élèves. Chaque année, les moyens de fonctionnement doivent être adaptés à la population réelle des établissements.

Pour tenir compte de la difficulté présentée par certains publics, la dotation doit être majorée pour l’accueil d’un élève boursier. Le système de bourse peut être affiné pour bien tenir compte des difficultés spécifiques de certains établissements.

Réformer la diplomation par l’Éducation Nationale

Enfin, pour donner une cohérence durable à ce système, le ministre de l’Éducation nationale doit réformer en profondeur le système d’examen, et spécialement le baccalauréat.

Cette réforme, qui doit être travaillée avec un corps enseignant remotivé et remobilisé, doit avoir trois objectifs majeurs.

Le premier objectif est d’élever le niveau de connaissances et de compétences de nos élèves en appréhendant mieux leurs savoirs. Un baccalauréat entièrement numérisé doit remplacer le baccalauréat actuel. Il doit servir de pivot à un franchissement fondamental de cap : l’école doit passer de l’ère papier à l’ère numérique.

Dans cet objectif, des épreuves éliminatoires doivent être mises en place. Il faut arrêter de donner le bac S à des élèves nuls en mathématiques mais excellents en sport. Le baccalauréat doit valider des parcours qui ont un rapport réaliste avec leur intitulé.

Au passage, il ne serait pas choquant qu’un premier examen intervienne en fin d’école primaire ou de CM1 pour valider les savoirs fondamentaux des élèves. Les recalés pourraient passer un CM2 entier à les réacquérir.

Le deuxième objectif est de piloter la pédagogie en profondeur, en garantissant l’homogénéité relative d’un système désormais fondé sur la liberté pédagogique. L’examen devrait donc être professionnalisé dans sa conception et ses évolutions pour entraîner avec lui l’ensemble du système éducatif, qu’il soit privé ou public.

Le troisième objectif serait d’évaluer la performance éducative des enseignants. Les moins efficaces d’entre eux, c’est-à-dire ceux qui apporteraient le moins d’amélioration éducative aux élèves, seraient licenciés. Bien entendu, il ne s’agit pas de lier arithmétiquement la performance des enseignants aux résultats des élèves à l’examen. En revanche, une sophistication du dispositif actuel permettrait de mesurer les nouveaux acquis des élèves à l’école. Les enseignants qui apportent peu doivent être écartés du système.

Une rupture dans l’Éducation Nationale vitale pour notre redressement

Ces mesures de bon sens, déjà largement pratiquées ailleurs, sont indispensables à notre redressement collectif. Le gâchis qui consiste à investir chaque années près de 60 milliards d’euros dans un système peu performant constitue en effet un danger colossal pour notre pays. Il nous faut le courage d’agir.