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Deux livres sur la réforme de la liturgie

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Mgr Bugnini et la réforme liturgique

En quelques mois, les éditions Desclée de Brouwer publient deux livres essentiels pour comprendre la réforme liturgique, et donc l’histoire de l’Église au XXe siècle.

Le premier est l’ouvrage d’Annibale Bugnini, La réforme de la liturgie (1948-1975), le deuxième est une biographie qu’Yves Chiron consacre au prélat italien, nommée simplement Annibale Bugnini. La réforme de la liturgie et l’instauration du nouveau missel, nommé désormais forme ordinaire du rit latin, ont causé un trouble immense dans l’Église, qui ne s’est pas encore complètement comblé. Alors que la liturgie doit unir le peuple de Dieu, elle fut, après le Concile, l’élément structurant et décisif d’une opposition majeure et frontale au sein de l’Église, créant des schismes et séparant les fidèles. C’est, assurément, un traumatisme que les historiens devront essayer de comprendre et d’expliquer.

Ces deux ouvrages ne traitent pas de la réception de la nouvelle forme liturgique. Mais ils permettent de mieux comprendre l’homme qui en fut un acteur clef. La réforme de la liturgie a été écrite par Mgr Bugnini au temps de sa disgrâce, quand il fut nommé nonce à Téhéran. Quoi que l’on pense de l’auteur et son de rôle, c’est un livre incontournable, et c’est la première fois qu’il est traduit en français. En 1 000 pages volumineuses, Mgr Bugnini présente les grands axes de la réforme et l’esprit qui y a prévalu. Il publie aussi des documents importants qui auraient dû rester dans les archives et qui, grâce à cela, peuvent être consultés par les historiens de la liturgie. C’est certes une œuvre d’explication et de justification, mais c’est une œuvre incontournable pour qui veut comprendre ce qui s’est passé et comment la réforme fut conduite. Une réforme qui n’a pas commencé avec Vatican II, mais qui trouve ses racines à l’orée du XXe siècle et qui se poursuit au moins dix ans après la fin de Vatican II. Une réforme qu’il a ensuite fallu appliquée, et dont les dérives ne sont pas imputables à Bugnini.

La biographie d’Yves Chiron est sérieuse et impartiale. Sur un sujet aussi sensible, l’auteur en reste au fait et tente de comprendre et d’expliquer. Il ne va pas au-delà et ne donne pas de jugement personnel. Grâce à cela, on comprend mieux la personnalité de Bugnini ; un homme qui n’était pas forcément un grand liturgiste, mais un excellent organisateur, un homme qui n’a jamais été au premier plan, mais qui à force d’être le second des commissions et des structures a fini par jouer les premiers rôles. Un homme qui est le bouc émissaire facile et dont l’auteur montre que la réforme lui a en partie échappée. Sur bien des points, comme la célébration en langue vulgaire ou la communion dans la main, les évêques ont fait appliquer des pratiques qui n’étaient pas prévues par les textes conciliaires et par les directives romaines. Cela ouvre des perspectives de recherches, car la question centrale reste posée : si la liturgie a été aussi mal menée au cours des années 1960-1980 ce n’est pas à cause d’un prélat romain, mais par le fait de prêtres et d’évêques qui ont outrepassé les directives romaines. Se pose donc la question de leur formation liturgique au cours de leurs années de séminaire. C’est un autre volet important de l’histoire de la liturgie, qui reste à écrire.