Jean-Baptiste Noé

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Découverte des cartes

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La géographie, ce sont d’abord des cartes. L’homme avance, le progrès matériel semble sans fin, et voilà que la machine est en passe de supplanter cet antique outil utilisé depuis toujours : la carte. Le GPS s’annonce omnipotent dans les voitures, la route défile d’elle-même face aux yeux du conducteur, rejetant dans l’oubli les disputes entre mari et femme, les pertes de temps et les trajets perdus. Pour nos enfants la carte sera un objet d’antiquité. Pour le géographe elle reste son outil essentiel.

Avant toute balade en France il nous faut donc cet objet. Voici celle que j’ai prise, une carte classique, qui a trôné dans les salles de classe, celle que mon professeur de khâgne avait affichée en plusieurs exemplaires, une sur chaque mur, à la fois pour que nous assimilions la géographie de notre pays, et aussi par bravade vis-à-vis de notre professeur d’histoire.

Regardez cette carte, cette carte magnifique, regardez-là. Au centre, imposant, massif, le plateau central, rond point montagneux, château d’eau de la France, montagne de lait et de fromages. C’est un obstacle et c’est un giratoire. Au nord, un bassin, large bassin, cul-de-sac des plaines du Nord, fermeture du plat pays. Dans ce bassin règne la sédimentation, au cours des millénaires les roches se sont superposées ; dans les balades on en retrouve les traces. Le bassin parisien est le siège de notre France, c’est de là que tout à commencé. Au sud-ouest, un autre bassin, aquitain cette fois, lui aussi fils de la sédimentation. Plus étroit, plus réduit, il possède toutefois toutes les caractéristiques d’un beau bassin sédimentaire. Que dire ensuite ? Parler de nos belles montagnes : les Vosges, le Jura, les Alpes, les Pyrénées, sans oublier les montagnes de Corse et le massif armoricain. C’est le V hercynien, varisque à l’ouest, hercynien à l’est, ces montagnes qui se déploient en éventail. Sont-ce des frontières ou sont-ce des passages ? La montagne est mystérieuse : elle empêche de passer, elle permet aussi le passage, par ses cols, ses troués. En montagne la population humaine ne s’installe pas. Et pourtant en montagne, dans les vallées, nous trouvons de très fortes densités.

Quand on a dit cela nous n’avons pas tout dit. Nous avons parlé de la terre, nous avons visionné la terre, mais l’eau, n’est-ce pas tout autant essentiel ? L’eau est même plus importante, la France s’est construite autours de ses cours d’eau : rivières, fleuves, sources ; là sont les origines de notre cher pays.

Alors, je vois la mer. Alors je vois les mers : la Méditerranée, l’Atlantique, la Manche et la mer du Nord. C’est facile à situer sur une carte, oui, c’est facile. Hélas, on les oublie. On oublie l’importance cruciale de la mer, le rôle joué par nos ports, les échanges et le commerce qui s’y fait. On oublie que la France est un grand pays maritime –aussi- et pas seulement terrestre. Richelieu, Colbert, Louis XVI ont tant fait pour la marine qu’elle en est devenue royale.

Nos fleuves, nos superbes fleuves : Rhône, Garonne, Loire, Seine, et le Rhin. Le Rhône est le fleuve du commerce, la Garonne le fleuve oublié, la Loire le fleuve des rois, la Seine, celui du pouvoir, et le Rhin le fleuve de la frontière. Dans notre histoire leur géographie a joué un rôle précis, un rôle essentiel, qu’il nous appartient de mettre à jour.

Nombreux sont les auteurs qui ont souligné que la France est un hexagone. Ses six côtés sont si parfaits, ses longueurs et ses axes. La France a été dépecée et découpée, les géographes y ont tracé des lignes, des frontières, ils l’ont divisée, en nord et en sud, en est et en ouest, en carrés et en rectangles. Ils y ont fait des chorèmes et des bananes bleues, des modèles et des modélisations. Ils ont systémisée la France, ils l’ont théorisée.

Après la France charnelle et sanguine de Barrès, nous sommes passés à la France modélisée des géographes positivistes. L’esprit y a perdu, la connaissance n’y a pas gagné. Pour comprendre la France il est nécessaire de revenir aux bases : partir du sol, du relief, qui explique bien des traits de l’organisation du territoire. Ensuite étudier l’homme, étudier l’organisation humaine, non d’une manière sociologique –la sociologie ne mène à rien, si ce n’est à l’erreur- mais d’une façon empirique : que voyons-nous ? Comment pouvons-nous l’expliquer ? Que pouvons-nous en déduire ? La réflexion géographique a pour fondement l’observation et pour finalité cette question : qu’est-ce qui relève du déterminisme, et qu’est-ce qui relève du génie de l’homme ? Tout autre questionnement est superfétatoire ou bien inutile.

Apprenons donc à lire une carte, apprenons à en déchiffrer le sens, apprenons à y comprendre l’organisation humaine, et ce qui en fut le moteur. Si la géographie s’intéresse aux sols et aux roches, c’est toujours pour aboutir à l’homme. L’homme est sa fin, ne l’oublions jamais.