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Créer le chaos pour imposer son ordre ?

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Une campagne folle, dont je ne vois aucun précédent dans l’histoire contemporaine de la France. Des juges politisés, appuyés par le pouvoir exécutif, qui mène une enquête à charge contre l’un des prétendants les plus sérieux à la victoire. Dans quel but ? L’évincer de cette course pour imposer un autre candidat, Emmanuel Macron, héritier du quinquennat de Hollande et dont ceux qui trament les fils derrière lui espèrent le manipuler et conserver ainsi le vrai pouvoir.

Une campagne folle où l’on crée le chaos (éliminer un opposant politique par l’instrumentalisation de la justice, ce qui s’appelle un coup d’État) pour espérer imposer et conserver son ordre. Dans ses Souvenirs, Tocqueville raconte les journées révolutionnaires de juin 1848. Il ne s’agissait pas alors de changer l’ordre politique, mais de transformer l’ordre social ; nous en sommes là aujourd’hui.

« Ce qui la [la révolution de juin 1848] distingua encore parmi tous les événements de ce genre qui se sont succédé depuis soixante ans parmi nous, c’est qu’elle n’eut pas pour but de changer la forme du gouvernement, mais d’altérer l’ordre de la société. Elle ne fut pas, à vrai dire, une lutte politique (dans le sens que nous avions donné jusque-là à ce mot), mais un combat de classe, une sorte de guerre servile. »

Tout est apparemment calme : les trains circulent, nous avons encore l’eau courante et l’électricité, il n’y a pas de bombardements dans les rues, et pourtant tout est effroyablement agité : des quartiers échappent au contrôle de l’État et entrent en sécession, des cars de supporters politiques sont attaqués aux abords des meetings, les grands médias tournent dans le vide et n’informent plus, la dette est colossale et les taux d’intérêt remontent. En apparence, l’ordre demeure, en réalité, le chaos le plus profond menace. La France de 2012 était brinquebalante, celle de 2017 est presque en ruine et au bord de l’implosion.

Une quasi guerre civile ?

François Fillon, et d’autres avant lui, ont parlé d’une situation de guerre civile. Le mouvement djihadiste atteint des sommets encore jamais touchés. Les mafias contrôlent des pans entiers du territoire qui échappent de fait à l’ordre républicain. Des émeutes surgissent de façon régulière dans plusieurs quartiers, avec des bâtiments incendiés et des forces de l’ordre attaquées. Cela ne correspond pas à une chose normale. Mais, pour autant, est-ce une guerre civile ? On connaît la formule célèbre d’Ernest Renan selon laquelle la nation est un plébiscite de tous les jours. Or, si les personnes qui commettent ces attaques sont juridiquement françaises, on constate qu’elles votent non au plébiscite quotidien leur demandant de se rattacher à la France. Ce n’est donc pas tant une guerre civile qu’un affrontement avec des populations qui se mettent volontairement en dehors de la communauté nationale.

Un pays en état de choc

Le quinquennat de François Hollande n’a cessé de provoquer le délitement de la société française. Que l’on se souvienne des émeutes de mai 2013 où, au Trocadéro puis dans les rues de la capitale, des bandes armées ont attaqué les passants au moment de la fête de la victoire du PSG. Le gouvernement avait été incapable de rétablir l’ordre.

À Nantes et à Sivens, le gouvernement fut de même incapable d’empêcher l’extension des mouvements gauchistes, violents et usurpateurs de l’autorité. En août 2015, ce sont des Roms qui bloquent l’autoroute A1, la plus fréquentée d’Europe, un week-end de retour de vacances, sans que l’on puisse la débloquer. Il y a ainsi toute une série d’attaques et de violences fortes, qui s’accumulent et qui montrent une faillite complète de l’État.

Face à cela, est-il encore besoin de brutaliser un peu plus la population en tentant d’éliminer par l’instrumentalisation de la justice un candidat choisi par le vote ?

Questions pour une démocratie

Ce qui se joue, c’est la survie de notre démocratie. Quand un pouvoir en place est prêt à instrumentaliser la justice pour éliminer un candidat légitime, quand des médias propagent et amplifient la rumeur pour provoquer un effet de panique sur l’opinion, quand on peut à ce point manipuler le vote et orienter une élection majeure vers le sens que l’on souhaite, que reste-t-il de la réalité du suffrage universel et du libre-choix ?

En 2005, lors du référendum sur le projet de constitution européenne, il avait été intimé aux Français de voter oui. Ceux-ci avaient majoritairement voté non. Aujourd’hui, on ne prend même plus la peine de faire croire à un libre choix : il n’y a plus ni oui ni non, mais un vote unique et imposé pour un seul candidat.

Il n’est plus possible de débattre du fond des dossiers et des vrais enjeux, plus possible d’évoquer l’énorme dette française et la remontée fatidique des taux d’intérêt, plus possible de parler de l’ordre international et du concert des nations. Tout semble porter à croire que l’on cherche à effacer le libre choix du peuple pour ensuite effacer la nation et le pays lui-même.

Il s’agit de créer un chaos pour imposer son ordre.

Ce 1er mars, il est encore impossible de savoir comment cela finira, mais on voit que la campagne électorale française est entrée dans le même mouvement que la campagne du référendum au Royaume-Uni et l’élection présidentielle aux États-Unis : l’hystérie, la rumeur, les coups bas l’emportent sur toutes réflexions, analyses et débats rationnels. Ce n’est pas le populisme qui menace nos démocraties, c’est le chaos provoqué par certains et qui frappe violemment toutes les couches de la société.

Redéfinir les missions du politique

Le danger de ce chaos est qu’il fasse disparaître la liberté politique en accouchant d’un pouvoir fort et autoritaire. Mais nous pouvons en sortir par le haut en redéfinissant les pouvoirs du politique. Le problème est qu’aujourd’hui le politique a le pouvoir de conditionner nos vies en imposant des normes absurdes et des contraintes irrationnelles.

Nous pouvons échapper à la tyrannie par la mise en place d’un ordre libéral, c’est-à-dire un ordre de droit, où le chef de l’État dispose de pouvoirs limités à la police, l’armée, la diplomatie, un peu d’aménagement du territoire et quelques prérogatives fiscales pour financer le tout. Un politique qui se voit restreindre l’assiette de ses pouvoirs, où les individus et les associations disposent de plus de liberté où, par le principe de subsidiarité, les corps intermédiaires soient réellement respectés, est la seule façon de rendre les Français plus libres et plus responsables, donc plus heureux, et d’en finir avec l’hystérie électorale qui divise les Français et qui fait que celui qui obtient le plus petit dénominateur commun dispose du droit d’imposer ses vues à l’ensemble de la population.