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CONCLUSION

De la même façon que la vigne requiert des soins multiples pour produire du bon vin, l’histoire du vin requiert des visions multiples pour la comprendre. Nous voyons comment un peuple –Israël-, a poussé dans un livre –la Bible-, comme la vigne pousse dans son climat. Le climat influe sur le vin et lui confère des qualités propres, Israël a aussi acquis des habitudes qui se sont par la suite développées et amplifiées. La grappe d’Eshkol a donné des idées au peuple, qui s’est ancré dans son terroir. La passion du vin est un magnifique trait d’union entre les peuples et les patries, et les débats actuels sur la place de l’identité et des particularismes dans la mondialisation trouvent de nombreuses réponses en étudiant le vin. C’est normal, c’est le propre de l’histoire d’apporter des réponses aux questions actuelles.

L’histoire du vin est bien plus qu’une sympathique histoire de la gastronomie. Produit éminemment culturel son étude nous rattache à la connaissance de l’économie, de l’anthropologie, de la guerre même et de la politique. Etudier le vin c’est mieux connaître l’homme tant les deux ont lié leur destin et leur histoire. Avec le vin nous abordons l’essence même de l’humanité, nous percevons la profondeur et les contrastes de l’histoire.

Pourquoi un vin de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne se vend-il au Japon, aux Etats-Unis, en Chine ? Non parce qu’il est issu d’un cépage, non parce qu’on y trouve des arômes simples et faciles à détecter, mais parce que le consommateur y perçoit une certaine idée de sa région d’origine, une certaine idée de la France. Si les grands vins réussissent à relever le défi de la mondialisation, ce n’est pas parce qu’ils se fondent dans un goût uniforme, standardisé et technique, mais au contraire parce qu’ils magnifient leur goût propre, leur particularisme. On ne peut s’ouvrir à l’universel qu’en étant pleinement soi-même ; la seule façon de s’ouvrir aux autres est d’abord de se connaître soi-même et de s’estimer. Pour être tolérant il ne faut pas se renier, il faut s’approuver. L’amateur éclairé qui boit un Châteauneuf du Pape cherche d’abord le goût du Rhône, des gros galets roulés par le fleuve, du soleil de Provence et des nouvelles de Daudet. C’est pour cela que la dégustation à l’aveugle est un non-sens, boire un vin sans en connaître au préalable l’étiquette c’est nier toute la culture du vin. D’autant que l’on sait que les yeux bandés il est presque impossible de reconnaître un blanc d’un rouge. Ce jeu est d’ailleurs très amusant et très instructif. Le goût pur n’existe pas. Le goût véritable non plus. Le goût, pour se former, a besoin de la couleur, de l’odeur, mais aussi du lieu, de l’histoire, du domaine pour se construire complètement. Il suffit de boire un vin de son année de naissance : il peut être objectivement infect, il n’empêche qu’il sera bon pour celui qui est né cette année là, bon non par les saveurs mais par les émotions qu’il nous procure et les souvenirs qu’il nous apporte. C’est en cela que le vin s’identifie pleinement à l’Eglise ; comme l’Eglise il est catholique et romain. Catholique, c’est-à-dire universel , universel parce que présent dans le monde entier et apte à être compris par toutes les cultures, même si tous les hommes ne l’apprécient pas. Romain, parce qu’il est lié à un terroir –c’est-à-dire un vigneron, des clients, une histoire, une géographie, un sol et un climat-, et si on lui retire ce terroir le vin n’est plus du vin, c’est du vulgaire jus de raisin fermenté.

Catholique et romain ne s’opposent pas, l’universel ne s’oppose pas au particulier, l’un sans l’autre ne peut exister. Si nous vivons uniquement dans le particulier nous sombrons dans le nationalisme et la haine des autres. Si nous vivons uniquement dans l’universalisme, nous oublions notre héritage, notre mémoire, notre sang et nous même. Dans les deux cas, c’est la mort. C’est pour cela que l’histoire du vin n’est pas seulement une simple histoire de la boisson ; c’est l’histoire de la vie, et c’est l’histoire des hommes.