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Comment la France détruit sa puissance

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Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Economique, synthétise ici les enjeux stratégiques définis par la notion de puissance. Il montre comment cette notion a évolué au cours des deux derniers siècles, et comment la France refuse de s’y confronter : les élites administratives n’ayant pas pris la mesure des réalités de la guerre économique.

Pour l’auteur, l’échec du patriotisme a conduit à l’absence de réflexion sur la notion de puissance, qui est trop souvent vue comme une volonté de domination. L’histoire récente de la France a été ponctuée de trois défaites de rang : 1815, 1870, 1940. Suite à cette dernière, le pays a réfléchi à la façon d’éviter une nouvelle invasion étrangère, notamment en formant ses soldats au combat et en tissant des alliances militaires (OTAN). Mais la dimension économique et stratégique de la guerre a été oubliée. Parallèlement à cela, le monde post guerre froide est vue comme un monde sans guerre et sans danger, alors même que les alliés sont aussi, et en même temps, des adversaires. La mondialisation n’est pas toujours heureuse, et les États-Unis n’hésitent pas à favoriser leurs entreprises et leurs intérêts, au détriment des intérêts français. Cela s’inscrit dans une mutation des rapports de force, avec une montée en puissance de la société civile, notamment via les réseaux internet et les ONG. Cette société civile peut orchestrer des attaques contre la réputation d’une entreprise et lui faire perdre des marchés, sans toujours se rendre compte qu’elle est orientée par la logique de puissance de quelques États. C’est alors que le faible peut déstabiliser le fort, et que celui qui a la prédominance politique et militaire n’est pas toujours certain de remporter la victoire.

Cet aveuglement sur les réalités du monde, cette illusion sur sa dangerosité, conduit au sabordage de l’économie française, et à la limitation de la puissance du pays. L’auteur plaide donc pour une redéfinition d’une politique de puissance, ce qui passe par l’élaboration d’une pensée autonome, par le maintien d’un système de défense qui ne soit pas affaibli, par l’intervention du domaine politique comme facteur stratégique et par une meilleure compréhension des enjeux économiques.

L’essai repose sur l’analyse de faits et d’exemples précis tirés de l’histoire récente de la France. Il analyse également l’échec des politiques publiques en matière de patriotisme économique. Bien souvent celles-ci n’ont été que saupoudrage de subventions et d’aides de l’État, sans réflexion globale, et sans que la haute administration comprenne les enjeux majeurs d’une telle politique. La réflexion dans un cadre strictement français, doublé d’une inféodation aux grilles de lecture anglo-saxonnes n’ayant pas permis d’élaborer une authentique politique de puissance.

Les entreprises se retrouvent souvent malmenées par des élites politiques qui n’ont pas intégré toute la globalité du monde économique et de ses luttes. Les diplomates qui négocient les traités internationaux n’ont souvent qu’une vision parcellaire des enjeux économiques. C’est ainsi que la volonté actuelle d’ouvrir les frontières à n’importe quelle condition se heurte à la réalité d’économies nationales divergentes. L’ouverture des frontières est souvent un moyen, pour les pays développés, d’inonder les pays en développement et de les affaiblir. Derrière les bonnes intentions des grands-mères souriantes peuvent se cacher des loups affamés de marchés et de pouvoir.