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Chronique du choc des civilisations

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Aymeric Chauprade publie une troisième édition de son Chronique du choc des civilisations, la première datant de 2009. Si le lecteur peut jouer au jeu des sept erreurs, c’est-à-dire identifier les thèmes apparus et ceux disparus entre les trois éditions successives, l’intérêt du livre réside surtout dans l’analyse des événements récents que celui-ci permet.

La thèse principale de l’auteur, qui est une constante de sa réflexion géopolitique, est celle de l’affaiblissement du monde unipolaire, c’est-à-dire de l’hégémonie américaine, face à l’émergence de la multipolarité, c’est-à-dire la montée en gamme de pays comme la Russie, la Chine, l’Inde ou le Brésil. Dans ce jeu de puissance, l’Europe est absente, ainsi que les grands pays européens, qui sont d’ailleurs assez peu évoqués dans le livre, sauf dans un chapitre consacré aux défis migratoires de l’Europe. Prenant acte de l’émergence de la multipolarité, les États-Unis tentent de maintenir leur puissance en intervenant à tout va sur la scène mondiale : contrôle des routes énergétiques, maintien de régimes favorables aux États-Unis, encerclement stratégique de la Russie et de la Chine ; interventions qui sont loin d’être couronnées de succès.

Le plan du livre reprend les grandes lignes des deux éditions antérieures. Il invite à une analyse de la géopolitique mondiale qui englobe toutes les aires culturelles : Amérique, Asie, Afrique, Russie, Islam. Au sujet de l’islam, l’auteur montre comment cette religion est ennemie d’elle-même, comment elle est plurielle, et ne peut se réduire à quelques schémas préconçus, tant les lignes de faille sont multiples à l’intérieur du monde musulman. On pourra regretter que l’Europe soit très peu évoquée, que la France, l’Angleterre et l’Allemagne soient quasi-absentes.

À travers l’ensemble des chapitres, l’auteur s’essaye à démontrer la face cachée des événements, « ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas », pour reprendre la formule de Frédéric Bastiat appliquée à l’économie. Sur l’islamisme, il s’interroge sur l’usage politique qu’en font les pays, entre autres les États-Unis. Sur les guerres qui ravagent l’Afrique, il montre le rôle des permanences ethniques et culturelles dans ce continent. Pensant que le choc des civilisations est au cœur de l’histoire du monde, et que l’histoire récente peut se lire et se comprendre par cette grille de lecture, l’auteur ne reste pas centré sur le facteur culturel, mais analyse aussi les enjeux économiques, politiques et militaires qui façonnent le monde actuel.

Le travail de cartographie est remarquable. Les cartes sont abondantes, elles sont claires, complètes et très précises. C’est un des intérêts majeurs de l’ouvrage, peut-être le premier, que de disposer d’un corpus de cartes de cette richesse. Bien souvent, elles permettent de comprendre ce que le texte seul ne saisit pas, elles témoignent du fait que l’histoire s’inscrit dans une géographie, et que les permanences expliquent en partie les événements soudains.

Quant au style, on retrouve la vigueur avec laquelle les lecteurs d’Aymeric Chauprade sont familiers. Le texte force à penser et à réfléchir. L’auteur a une thèse et il la défend. Le lecteur peut avoir toute latitude pour récuser ou infirmer cette thèse, pour contredire tel ou tel point, mais au moins l’ouvrage ne pêche pas par fadeur et descriptions ternes. Il oblige à la réflexion et à approfondir les questions évoquées ; plus qu’un ouvrage de présentation d’événements, c’est un ouvrage d’approfondissement et de réflexion.