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Ceux de 2014

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Un peuple prend conscience de sa force

La chandeleur, fêtée chaque 2 février, est la fête de la lumière, la fête des cierges portés en procession dans les rues de la ville. La Manif pour Tous nous a offert une nouvelle procession de cierges vivants, de près de 500 000 personnes marchant dans les rues de Paris. Depuis un an que ces manifestations ont lieu, nous restons frappés par la mobilisation continue, le calme des manifestants, l’organisation, désormais rodées et affutées. Les mots d’ordre de la mobilisation ont pu prendre de nouveaux objectifs : refuser la gestation par autrui, la marchandisation du corps des femmes, l’apprentissage obligatoire de l’idéologie du genre à l’école. Des centaines de milliers de Français sont encore prêts à sacrifier un dimanche et des euros pour venir défendre une saine anthropologie, au-delà des intérêts catégoriels.

Sur les mots d’ordre de la manifestation, on peut regretter que des sujets au moins aussi importants ne soient pas défendus avec la même ardeur : le chèque éducation, le libre choix des assurances maladies et retraites, la lutte pour la liberté d’expression et le pluralisme dans les médias. Cela viendra. En entrant en guerre contre la famille, le gouvernement socialiste a fait le plus beau cadeau à la révolution, aurait pu dire Lénine. Ce qui est le plus important dans ces manifestations, qui durent depuis plus d’un an, c’est la conscientisation politique d’un peuple et d’une génération qui s’est tenue éloignée de la démarche politique et culturelle pendant presque une génération. Ce qui est en jeu, c’est un combat de civilisation, une lutte pour une définition différente de l’homme que celle qui est défendue par les socialistes. Un tel combat ne peut se gagner en un an ; il y faudra un certain temps, et une percolation plus grande de la société.

Dans le creuset de ces manifestations, c’est une génération politique qui se forme, purifiée par le feu de l’action, formée par la griserie d’être ensemble, et par la conscience de former un groupe et une communauté d’intérêts communs. Nous assistons au phénomène inverse que décrivait Tocqueville : non pas l’individualisation de la société, la fragmentation des individus, mais l’agrégation des personnes et la défense d’un bien commun qui est un véritable intérêt général. Alexis de Tocqueville estimait que seule la religion pouvait sauver la démocratie, et notamment le christianisme, parce qu’elle seule pouvait donner à l’homme la conscience de sa liberté et lui procurer le sens de l’intérêt général face à la tentation individualiste. C’est pourquoi ce n’est pas un hasard que la révolte soit née dans le camp catholique, et que celui-ci soit le presque unique pourvoyeur de manifestants, même si les organisateurs des manifestations essayent de mettre des minorités visibles au premier plan.

Ce qui nait, c’est une génération qui prend conscience d’elle-même, du rôle de la culture, du combat intellectuel, de la présence médiatique et du jeu démocratique. Quatre ans de guerre, dans des tranchées boueuses et malsaines, avaient créé la génération de 1914, née dans l’épreuve du feu, forgée par le tir de la mitraille, soudée par la camaraderie des combats et l’expérience commune de la guerre. Cette génération de 1914 a dominé l’Europe jusque dans les années 1960, jusqu’en 1968 pourrait-on dire, de façon symbolique. Le combat culturel ne se gagne pas en un an. C’est une nouvelle génération qui se forge et se forme dans les combats menés depuis 2012, une nouvelle génération de 14 pour un nouveau siècle de 14. Si l’historien doit rester méfiant lorsqu’il fait porter son regard vers le lointain, on peut penser que la génération des gaz lacrymogènes de la Grande Armée, la génération des gardes à vue de la rue de l’Évangile, la génération de la nouvelle bataille de Denfert Rochereau, dominera la France et l’Europe au moins jusqu’en 2068.