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Cent petites gorgées de vin

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Géographe et historien du vin et de la gastronomie, Jean-Robert Pitte a consacré de nombreuses études à ces sujets. Il nous a notamment gratifiés d’une histoire de la bouteille et d’une histoire du paysage français ainsi que d’une étude comparée des vins de Bordeaux et des vins de Bourgogne.
Ces Cent petites gorgées de vin sont la publication des articles qu’il consacre tous les mois depuis 2006 à La Revue du Vin de France. Cent articles qui sont autant de touches permettant de s’initier à l’histoire du vin et à son évolution. En les relisant une fois reproduit ici on aperçoit également les évolutions viticoles qu’a connues cette décennie, mais toujours autour de la problématique du goût et du terroir.

À l’école de Roger Dion, Jean-Robert Pitte ne cesse de démontrer que ce sont d’abord les consommateurs qui font le goût du vin, et non pas le terroir. Celui-ci est mis en valeur par des vignerons plus ou moins talentueux pour correspondre aux attentes et aux moyens financiers de leurs buveurs. La Romanée Conti a peut-être un sol exceptionnel, mais s’il n’y avait aucun amateur prêt à débourser des centaines d’euros pour acquérir l’une de ses bouteilles jamais Aubert de Villaine ne pourrait consacrer autant de soin à sa vigne et à ses vins. Ce consommateur, on le retrouve dans les articles que l’universitaire consacre aux Japonais, à l’islam ou encore aux amateurs lointains du vin, comme ceux qui sont en Amérique latine ou en Asie. On le retrouve aussi dans sa description passionnée de nombreux vignerons français qui œuvrent pour sans cesse améliorer la qualité du breuvage et le proposer à des prix raisonnables. On le retrouve enfin dans sa quête perpétuelle de former les jeunes au bon goût et à l’amour du bon vin en proposant des cours de dégustation dans les lycées et les universités. C’est ce que nous fîmes avec lui à l’époque où il était mon professeur et c’est ce que je perpétue aujourd’hui avec mes élèves, avec toujours autant de succès et de découvertes face à ce monde sans rivage qu’est celui du bien boire.

Car ces gorgées de vin ne peuvent s’apprécier qu’avec éducation et savoir-vivre. Le vin ne se boit pas à pleine bouteille et ne se consomme pas seul. Le vin se partage, il se vit entre amis et avec les amis de l’au-delà : les écrivains qui en ont merveilleusement bien parlé, les vignerons morts qui vivent encore dans leurs bouteilles présentes en cave, dans les paysages façonnés par les hommes.

En géographe, ces articles sont également des incitations à bien voir. Jean-Robert Pitte nous apprend à regarder les coteaux et les vallons que l’on traverse, à jeter un regard curieux de l’autre côté de la voie d’autoroute quand l’on descend la vallée du Rhône ou qu’on longe le Val de Loire. Le vin ne serait rien sans ses paysages, dont beaucoup sont inscrits au patrimoine de l’UNESCO.

Bien boire, c’est bien vivre. Malheureux les hommes qui vivotent sans saveur et sans connaître les joies de la gastronomie, incapables d’apprécier les œufs en meurette ou de saliver à l’évocation des cailles farcies. Malheureux ceux qui ne savent pas apprécier la grandeur des petits plats ni associer correctement les vins et les fromages (au lait cru bien sûr). Le vin est un art de vivre, allant de pair avec l’art de la table et l’art de recevoir. Il est un art tourné vers les autres et sachant apprécier le travail des autres. On boit mieux quand on connaît le vigneron et que l’on peut visualiser le terrain où sa vigne a poussé. Le vin est un exercice de mémoire et de convivialité. Ces gorgées de vin rassemblées là en sont une nouvelle illustration.