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Autonomie des établissements : une fumisterie

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Dans ce que l’on appelle la réforme du collège, et qu’il conviendrait mieux de nommer sa déconstruction, on voit plusieurs personnes s’opposer à ce texte, car il accorderait davantage d’autonomie aux établissements. À l’inverse, l’Enseignement catholique s’y montre favorable, au nom de cette autonomie (« Au total, j’invite donc l’Enseignement catholique à accueillir favorablement le nouveau socle commun et la réforme des collèges, qui me paraissent à même de favoriser l’autonomie des établissements. » Pascal Balmand, Que pensez de la réforme du collège ? , mai 2015)

Quelle autonomie est ici évoquée ? Le fait que, dans les EPI prévus (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires), les établissements puissent choisir 6 EPI dans une liste de 8 qui leur est proposée. C’est tout. C’est bien ce qui s’appelle une fumisterie.
Rappelons ce qu’est une véritable autonomie des établissements : que la direction soit nommée par le conseil d’administration. Que les professeurs soient recrutés par la direction. Que les professeurs puissent adapter les programmes et les pédagogies aux réalités et aux besoins de leurs élèves, dans le cadre national des programmes.

Nous en sommes loin. Ce texte n’offre aucune autonomie aux établissements scolaires, inutile donc de la décrier ou de la louer.

L’autonomie régulée

Il faut lire le texte officiel du ministère où il parle de l’autonomie pour découvrir toute la saveur de cette fumisterie :

« La réforme donne plus d’autonomie pédagogique aux établissements : c’est une marque de confiance envers les équipes éducatives, confiance nécessaire à la réussite de tous les élèves. Mais cette autonomie est fortement encadrée au niveau national, à la fois par un cadre organisationnel, avec des horaires nationaux et, surtout, par des contenus communs, à travers le nouveau socle commun et les nouveaux programmes. Il s’agit donc d’une autonomie régulée. » (1)
Une autonomie « fortement encadrée » que le ministère nomme « autonomie régulée ». Cela fait quelque peu penser aux démocraties populaires de l’Europe de l’Est, beau terme pour désigner des dictatures. Et c’est donc ce concept d’autonomie régulée que l’on veut nous faire passer pour davantage de liberté.

Les 20% de liberté

À lire les commentaires ici et là, ils sembleraient que les établissements puissent définir 20% de leur temps comme bon leur semble, ce qui serait leur part de liberté. Une autonomie bien évidemment régulée et fortement encadrée, comme il a été dit plus haut.

En réalité, il n’en est rien. Parmi les 20% de liberté, les établissements doivent mettre les EPI, ainsi que des travaux en petits groupes et des heures d’accompagnement. Ce n’est donc pas de l’autonomie, mais du temps imposé. Il n’est pas possible, par exemple, de mettre des heures de français en plus, ou bien de proposer d’autres disciplines.

Des dépenses, plus de dépenses !

Selon le ministère, la mise en place des groupes personnalisés devrait créer 4 000 postes. Voilà de quoi contribuer à inverser la courbe du chômage. Avec quel argent ces postes vont-ils être financés ? Quand on sait que le problème essentiel du ministère est de recruter des professeurs, car, chaque année, il y a moins de candidats que de postes à pourvoir, il semble bien difficile de trouver les 4 000 personnes supplémentaires capables d’occuper ces postes créés.

L’autonomie pourra attendre.

Source : Eduscol.