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Analyse : le Pape en Suède

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Je réponds à Atlantico sur le voyage du Pape en Suède.

La visite du pape François en Suède à l’ouverture des 500 ans de la Réforme semble conclure un tour du monde œcuménique pour la Papauté marqué par exemple par la rencontre du Patriarche à Cuba. Quel est le but de cette tournée diplomatique auprès des autres autorités religieuses ?

L’unité des chrétiens est un sujet que le Pape François prend beaucoup à cœur. En cela il poursuit le travail de dialogue mené par ses prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI. En se rendant en Suède, le Pape vient commémorer le 50e anniversaire du début officiel du dialogue entre catholiques et luthériens et également ouvrir l’année des commémorations du 500e anniversaire de la réforme de Martin Luther (31 octobre 1517).

Ce voyage est dans la continuité de ses rencontres avec les patriarches orthodoxes de Moscou et de Constantinople. Il s’agit de montrer l’unité des chrétiens face à un monde qui se déchire et qui est traversé par la violence. Le Pape veut aussi démontrer, par l’exemple, que le christianisme est source d’unité et de paix, non de division et de guerre. Il a rappelé à plusieurs reprises que tuer au nom de Dieu est satanique. C’est cette idée de la paix qu’il vient porter en Suède.

En quoi cette rencontre avec les protestants de Suède est particulièrement importante dans l’histoire des rapports entre catholiques et protestants ?

De 1517 jusqu’au XIXe siècle, les rapports mutuels ont souvent été marqués par les guerres et les confrontations. Dans les pays touchés par la réforme protestante les couvents ont été fermés et les prêtres chassés, voire tués. La religion a été soumise à l’État. C’est le cas de la Suède où l’église nationale est inféodée au pouvoir politique. Dans les pays catholiques, comme la France, la réforme a débouché sur des guerres civiles qui ont déchiré les pays.

La réforme de Luther a introduit une rupture dans l’histoire européenne. Non seulement les pays d’Europe n’étaient plus unis par une même foi, mais c’est au nom de leur foi que les habitants se sont entredéchirés.

La guerre de Trente Ans (1618-1648) a ensanglanté l’Europe centrale. En proportion, certaines régions ont connu plus de morts pendant cette guerre que pendant la Première Guerre mondiale. À la déchire spirituelle et politique s’est ajoutée une déchire intellectuelle : c’est à partir de ce moment-là que beaucoup de philosophes ont perçu la foi chrétienne non comme un facteur de paix, mais comme un semeur de troubles et de haines.

La rencontre de Lund entre le Pape et les autorités protestantes cherchent à mettre un terme à ce cycle mortuaire.

Cette tournée est très européenne : quelle vision de l’Europe défend le pape François ?

Paradoxalement, ce pape d’Amérique latine qui a très peu voyagé en Europe est en train de donner une leçon d’unité européenne aux Européens mêmes. La Seconde Guerre mondiale a montré aux chrétiens, catholiques et protestants, qu’ils n’étaient pas ennemis, mais que leur ennemi était les régimes athées. Nombreux sont les protestants et les catholiques à être morts tués par les nazis, puis ensuite les communistes, en raison de leur foi. C’est ce que le Pape appelle l’œcuménisme du sang. Et cela se vérifie encore aujourd’hui au Proche-Orient.

En voulant l’unité des chrétiens, c’est-à-dire des mondes orthodoxes et protestants autour du monde romain, le Pape cherche à rebâtir l’unité de l’Europe. Lors de sa visite au parlement de Strasbourg (2014), le Pape a fustigé une Europe grand-mère qui a peur de la vie et qui a peur d’avoir de grands idéaux. En Suède, comme auparavant à Sarajevo ou en Albanie, le Pape appelle les Européens à ne pas avoir peur d’eux-mêmes et à retrouver leur élan et leur souffle. Il a invité notamment les chrétiens à s’unir dans l’action humanitaire pour venir en aide aux plus faibles.

Si l’Europe perd son souffle, c’est qu’elle est fracturée. Le Pape veut panser ses fractures pour lui redonner sa jeunesse, ce qui passe notamment par l’œcuménisme.