Jean-Baptiste Noé

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Chronique gastronomique.

Le salon des Vignerons Indépendants

Foires, salons, marchés, tout ce qui lie les urbains que nous sommes aux restes rêvés de la civilisation rurale que nous avons été, nous émeut et nous touche. En 2013, le salon des Vignerons Indépendants a fêté ses 35 ans d’existence. 35 ans de rencontres, d’échanges, d’apprentissages et de découvertes. Combien de néophytes ont fait leurs classes dans ce salon, découvrant les terroirs, les cépages, les millésimes, le travail des vignerons, discutant avec les uns et les autres. Combien d’amateurs acharnés d’un vin ou d’une région, se sont laissés aller à en découvrir une autre, à sortir de leur confort et de leur sécurité gustative pour aller aux périphéries de la viticulture. Combien de tiraillements lorsqu’il faut choisir des bouteilles, sélectionner des vins, choisir, donc élire telle ou telle bouteille.

Faire le tour du salon, de ces centaines d’exposants, c’est faire le tour de la France. On entend des accents multiples, des sonates rhénanes en Alsace, aux caillouteux de la Provence. On découvre les régions et l’histoire des régions et du pays. On passe par l’Anjou, la Corse, le Minervois, le Libournais, la Côte d’Or. On pourrait s’arrêter des heures à chaque pupitre pour mieux connaître l’histoire folle des vignobles et des vignerons. Il y a ceux qui possèdent leur terre depuis si longtemps que l’on peut dire depuis toujours. Ceux qui peuvent compter la généalogie sur plusieurs décennies. Ceux pour qui c’est tout récent. Il y a les Français de souche, et le terme de souche, associée à la vigne, prend tout son sens. Il y a les étrangers qui ont fait souche, s’immisçant dans la culture française en la revivifiant.

Faire le tour du salon, c’est découvrir à quel point le vin attire, passionne, associe. Les profils des buveurs sont très différents. Les attentes, les exigences, les goûts aussi. Chacun vient avec ses attentes, avec ses amours. Le lien commun entre toutes ces personnes, c’est le vin. Lui seul est capable de réunir des hommes aussi variés. Les salons de la porte de Versailles illustrent l’individualisme et la fragmentation de la société. Chaque passion à son salon. Le nautisme, le modélisme, l’éducation, les jeux et les jouets, le chocolat, les maires de France … Au salon des vins, chaque passionné peut se retrouver, pour une passion commune. Exigence de culture et d’histoire, exigence de sciences et de savoirs, exigence de combats pour le goût et le savoir-vivre. On teste, on goutte, on sent et on hume. Et on admire les mains vigneronnes qui touchent la terre et les ciseaux, qui travaillent dans les chais et qui assemblent des merveilles.

On déguste en pensant à l’occasion de boire. Telle bouteille restera en cave. Telle autre ira à la campagne. Celle-ci, c’est pour l’été, celle-là pour Noël, ou pour Pâques, avec l’agneau. En voilà une pour l’anniversaire, pour le mariage, pour les funérailles, car je veux qu’on m’enterre avec du vin d’Arbois comme chantait le grand Jacques. On pense aux amis, aux occasions, aux retrouvailles et aux dîners d’affaires. On ne vient jamais seul au salon ; on y vient en pensant à sa famille, ses amis, ses convives, que l’on veut régaler et que l’on veut surprendre, avec qui l’on veut partager. Si le vin coule, ce n’est pas pour accentuer davantage cette société liquide qui est la nôtre, c’est au contraire pour lier, renforcer, bâtir, consolider. Ce liquide est une force, une espérance dans la foi de l’homme, dans sa capacité au bien et au vrai. Le vin est un pari. Le pari que l’homme peut faire le bien, que les guerres ne détruiront pas ce précieux apport culturel. Quand on peut boire du vin, c’est que les armes se sont tues. Plus de guerre en Provence. Plus de combats en Alsace, où Ausone pleurait sur la Moselle dévastée. Quand nous pourrons rejoindre les terrasses de Damas pour y boire le vin qu’y dégustait saint Paul, quand nous pourrons retrouver les arômes fleuris des vins de Carthage que saint Augustin devait apprécier, c’est que la paix règnera sur l’autre rive de la Méditerranée. Le salon des Vignerons Indépendants rappelle que le vin est dû à un effort conjoint du travail acharné des vignerons et de la lutte politique pour la stabilité. Il n’est alors pas concevable que ces mêmes politiques détruisent le monde du vin par des lois iniques. Un président de la République n’est-il jamais venu à ce salon ? Et un ministre de l’Éducation nationale ? Ils pourraient y trouver là matière à réflexion pour la lutte contre l’alcoolisme auprès de la jeunesse.

Le salon est un lieu d’éducation, avant d’être un lieu d’achat. Remercions les vignerons qui font l’effort d’apprendre à boire et à apprécier le vin aux étudiants qui viennent les voir. S’ils n’achètent pas ce jour-là, ils achèteront plus tard. Éduquer, c’est tailler en attendant la vendange. Les vignerons savent cela mieux que quiconque. Le vin demeure ce merveilleux produit de foi et d’espérance.