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1er tour : pas vraiment de gagnant, beaucoup d’incertitudes

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Les élections de 2017 au prisme de l’histoire (depuis 1981)

Ces lignes ont été écrites le 22 avril, sans aucune prétention de prévision pour le premier tour de l’élection de 2017, mais pour essayer d’esquisser quelques pistes qui permettraient d’anticiper ces résultats.
Mon analyse ne repose pas sur les sondages, mais sur les lignes de force historiques des dernières élections présidentielles.

Remarques préliminaires  : hormis pour l’élection de 2002 (qui fut vraiment particulière), les candidats du deuxième tour ont fait au moins 20% au premier. Dépasser 20% des suffrages est la garantie de se qualifier pour le second tour.
Dans une présidentielle, la participation s’élève à 80%. Cette année, le corps électoral est composé de 45,7 millions d’inscrits, donc il devrait y avoir environ 38,8 millions de votants.

1/ Aux présidentielles, la gauche a toujours fait entre 40% et 45% des voix au premier tour.
Si on reste sur ce modèle-là, ils sont aujourd’hui trois candidats à se partager les voix de gauche : Hamon, Mélanchon et Macron, ce qui fait 15% pour chacun. À supposer qu’Hamon fasse 7%, comme l’indique les sondages, cela permet à Mélenchon et Macron d’atteindre 18%, mais pas plus. C’est donc insuffisant pour dépasser les 20%, sauf à ce que Macron capte une grande partie de l’électorat Hamon et Mélenchon, ce qui est peu certain. En revanche, Mélenchon peut plus facilement capter l’électorat Hamon, et ainsi passer la barre des 20%.

Pour Macron, la seule possibilité de dépasser la barre des 20% serait de capter une partie significative de la droite modérée, en lui faisant oublier qu’il est l’un des principaux cadres de la Hollandie.

2/ La droite classique représente entre 25 et 30% du corps électoral. En 1988 et 1995, il y a avait deux gros candidats pour cette famille politique (Chirac, Barre, Balladur). En 2007 et 2012, elle était rassemblée derrière Nicolas Sarkozy, qui a fait plus de 27% des voix.

Certes, son électorat peut être troublé par la cabale menée par la presse contre Fillon, mais est-ce nécessaire et suffisant pour faire disparaître presque 8% de ce corps électoral, qui s’est fortement mobilisé lors des dernières élections et qui souhaite profondément tourner la page Hollande ?
Lors des primaires, ce sont 4,4 millions de personnes qui sont venues voter (on en prévoyait 2 millions), soit 11,3% de l’électorat total. Si Fillon arrive à doubler ce score (ce qui resterait inférieur au score de Sarkozy en 2012) il atteint 22% et il parvient donc à se qualifier.
Au regard de ces lignes historiques, Fillon est tout à fait en mesure de faire un score autour de 25%.

3/ Le Front National a assez peu progressé sur les dernières élections. Son meilleur score est celui des régionales 2015 où il a fait 6,82 millions de voix soit, pour la présidentielle 2017, 18,57% des voix (aux Européennes 2014, où le FN est arrivé premier, il a fait 4,7 millions de voix). Si Marine Le Pen fait ce même score, elle est en dessous de la barre des 20% et donc risque d’être doublée par le candidat Mélenchon, si celui-ci capte l’électorat Hamon. En 2012, elle avait fait 6,4 millions de voix. Pour dépasser la barre des 20%, elle doit gagner au moins 800 000 électeurs par rapport aux régionales de 2015. C’est faisable, mais cela nécessite une très forte progression.
Si Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour en 2002, ce n’est pas à cause d’un grand score (4,8 millions de voix) mais à cause de la faiblesse de Jospin, due à la multiplication des candidatures à gauche.

Analyse post-électorale

Résultats (définitifs, 25 avril)
Emmanuel Macron : 8,6 millions de voix ; 23,8%
Marine Le Pen : 7,6M ; 21,3%
François Fillon : 7,2M ; 20%
Jean-Luc Mélenchon : 7M ; 19,6%.

1/ Les sondages ne se sont donc pas trompés : le quatuor de tête est celui annoncé. De même, il fallait bien dépasser la barre des 20% pour accéder au second tour.

2/ Si Macron est arrivé premier, c’est bien qu’il a réussi à capter la frange la plus centriste de l’électorat de droite. Dans les Yvelines, il fait 28% contre 27% pour Fillon. Dans les Pays de la Loire, Macron est également en tête et Fillon est deuxième. Ce sont là les voix qui ont manqué à Fillon parce qu’elles ont été vers Macron. Si tel n’avait pas été le cas, c’est Fillon qui aurait été premier et Macron troisième.

3/ Fillon perd 1,6 million de voix par rapport au potentiel des primaires. Il fait 7,2 millions de voix. Avec 8,8 millions il aurait été premier (Macron a fait 8,4) et Macron troisième. Sa défaite n’est donc pas tant due à une poussée de Macron qu’à une dispersion de son électorat. Cela promet donc des incertitudes quant aux législatives.

4/ Le Pen a réussi à faire 800 000 de voix de plus qu’aux régionales 2015 (7,6 contre 6,8), ce qui lui a permis de se qualifier pour le second tour. Son résultat total est toutefois en dessous de ce qui était attendu par tous. Cela reste pour elle une contreperformance. Sa ligne étatiste et socialisante n’est pas de nature à attirer des électeurs plus au fait des réalités économiques.

5/ Nous fêtons le centenaire de la prise du pouvoir par les bolcheviks. Que le candidat communiste fasse presque 20% des voix est particulièrement inquiétant. Même Georges Marchais, aux heures glorieuses du PC, n’avait pas réussi un tel score à une présidentielle. Peu importe que les gens aient voté pour Mélenchon par adhésion ou par esprit rebelle, c’est inquiétant quant à la pérennité du suffrage universel.

6/ On répète un peu partout que ce résultat marque la disparition des partis traditionnels. Rien n’est plus faux. Le Front National existe depuis 45 ans et En Marche n’est que la fusion du Modem et du PS peinturluré avec d’autres couleurs.

7/ Le véritable pouvoir réside dans le Parlement. Le Sénat est tenu par LR et les élections sénatoriales de l’automne devraient renforcer cette présence. Quant à l’Assemblée nationale, les législatives de juin seront compliquées pour tous les mouvements. En Marche peut certes y obtenir la majorité, mais avec un attelage tellement hétéroclite qu’il disparaîtra aux premières réformes difficiles.
Les législatives sont le vrai enjeu. Et finalement tant mieux : rien n’est pire que cette présidentialisation à outrance de la vie politique, où chacun attend son homme providentielle en espérant « qu’il sauvera la France ».